La prostitution masculine : rapports de pouvoir et de genre dans le traitement policier de la prostitution à Paris (1700-1750)

Noémie Noël

Noémie Noël est étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Chicoutimi et recherchiste pour le Musée d’histoire de Sherbrooke. Ses recherches s’intéressent aux rapports de genre et de pouvoir ainsi qu’aux processus de racialisation au sein des échanges économico-sexuels, à travers une approche intersectionnelle et transdisciplinaire fondée sur les réflexions d’Ann Laura Stoler (Stoler, 2010) et de Paola Tabet (Tabet, 2004). Effectué sous la direction du Pre Alexandre Dubé, son mémoire intitulé « Race, genre et prostitution dans l’Atlantique français (XVIIe-XVIIIe s.) » cherche à mettre en lumière les paramètres qui sous-tendent la définition de la prostitution dans l’Atlantique français à travers l’étude de la Sénégambie et de la Nouvelle-France. Ses travaux ont bénéficié d’octrois du Fonds de recherche du Québec (https://doi.org/10.69777/348025) et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Résumé

Cet essai cherche à interroger le traitement genré de la prostitution par les historien.ne.s de la France d’Ancien Régime. En effet, le peu d’études qui ont été faites à ce sujet tendent à proposer une séparation genrée de l’histoire de la prostitution, présumant des différences structurelles significatives entre la prostitution masculine et la prostitution féminine. Ce texte vise à questionner cette supposition en examinant le vocabulaire de la répression de la prostitution masculine par la police parisienne au XVIIIe siècle et en le comparant à celui mis en usage dans la répression de la prostitution féminine.

Il s’appuie pour cela sur le dépouillement effectué par Jeffrey Merrick dans son article « Patterns and Concepts in the Sodomitical Subculture of Eighteenth-Century Paris »[1] de 135 cas traités par la police parisienne en 1723 pour des causes de sodomie. Sur ces 135 dossiers, 47 présentent des mentions de prostitution, ce qui signifie que plus d’un tiers d’entre eux traitent d’hommes étant identifiés par la police comme des sodomites participant au monde prostitutionnel. Ces dossiers permettent de démontrer la présence au XVIIIe siècle d’une prostitution masculine, d’« une « industrie du loisir » opérant, comme la prostitution, dans des lieux identifiables et fournissant toute une gamme de service et d’opportunités. »[2]

On y découvre que le vocabulaire et les pratiques de répression policière entourant la prostitution masculine et la prostitution féminine ne présentent pas de différences fondamentales dans leur traitement par la police, et que les différences observables sont le résultat de rapports de genre et de rapports de pouvoir diversifiés et variables qui ne justifient pas une séparation genrée de la recherche.

 

Introduction

« Martin et sa femme, qui tiennent une petite chambre garnie rue de Seine, près la Galère, me viennent de donner avis que depuis un mois, ils ont loué la chambre à un jeune homme, nommé Petit, âgé d’environ 23 à 26 ans, beau de visage, qui jour et nuit reçoit et amène plusieurs jeunes gens avec lesquels, non seulement il fait une débauche de viande et autre chose, mais encore se prostitue à tous les jeunes gens qui le viennent trouver dans le lit, jusques à 3 heures de l’après-midi, qu’il se lève et s’habille. Ensuite s’en vont dans les jeux publics chercher d’autre compagnie, qu’il ramène passer la nuit chez lui »[3].

On retrouve, dans les archives de la Bastille, cet extrait des correspondances de 1702 du commissaire Bizoton avec le Lieutenant de police D’Argenson. Ce genre d’observations faites par la police de l’Ancien Régime n’est pas une surprise pour les historiens et historiennes s’étant intéressés à la répression de la prostitution. Le cas de Petit rappelle cependant que la prostitution au XVIIIe siècle peut aussi être une affaire d’homme. Or, la prostitution masculine n’a pas été particulièrement étudiée pour cette époque de sorte qu’on ne possède que peu d’informations à ce sujet[4]. En effet, la prostitution est généralement analysée comme un phénomène féminin. Pourtant, bien que le genre soit une donnée structurante de l’Ancien Régime qui peut effectivement influencer les actions de la police, personne n’a pris le temps d’analyser les impacts réels de cette variable. L’historiographie a simplement présumé que ces impacts étaient assez significatifs pour justifier une séparation genrée de la prostitution. Puisque cette hypothèse n’a jamais été vérifiée, nous posons la question suivante : est-ce que le phénomène prostitutionnel et sa répression par la police présentent des différences genrées significatives qui justifient une étude en deux temps? Notre essai mettra en lumière que la division genrée de l’étude de la prostitution dans la France d’Ancien Régime est mal adaptée aux réalités du phénomène prostitutionnel de l’époque.

Cette division genrée de la prostitution[5] est notamment due au fait qu’il existe peu d’études à propos de la prostitution en France au XVIIIe siècle, de sorte que les recherches tendent à étendre les conclusions faites par rapport au XIXe siècle au siècle précédent. L’historiographie de la prostitution en France s’est ainsi beaucoup tournée vers le XIXe siècle, soit un moment où la surveillance policière et les doctrines hygiénistes favorisent la constitution de fonds d’archives volumineux[6]. Il s’agit également d’un moment où la prostitution est grandement considérée comme féminine par les autorités et où les mécanismes de répression et de contrôle sont implantés par la police en fonction d’impératifs de genre assez clairement définis. Cette prise en considération des questions de genre est notamment visible dans les registres tenus par la police et dans le fait que la prostitution masculine n’est pas réglementée et médicalisée au même titre que la prostitution féminine[7].

Par contraste, les siècles qui précèdent font figure de parents pauvres. On ne dispose pas d’autant de documents historiques pour la prostitution au XVIIIe siècle, ce qui fait en sorte qu’il n’y a pas non plus beaucoup d’études à ce sujet. Cependant, assez de travaux existent pour mettre en lumière le phénomène prostitutionnel et sa répression, qui prennent des formes différentes avant le XIXe siècle. L’étude pionnière d’Erica-Marie Benabou, publiée en 1987, offre une analyse détaillée des institutions et des acteurs qui réglementent, contrôlent et profitent de la prostitution à Paris durant le XVIIIe siècle[8]. Après cette étude, un vide historiographique existe, seulement brisé dans les années 2010 par – entre autres – les travaux de Clyde Plumauzille sur la prostitution durant la Révolution[9], et les études de Nina Kushner, de Anne Giraudeau et de Marion Pluskota[10]. La prostitution dans l’historiographie tend à être représentée de façon tronquée comme uniquement féminine, fortement marginale et grandement réprimée. Ainsi, soit la prostitution est mentionnée comme manifestation d’autres intérêts – tels que, entre autres, les institutions[11], les femmes[12], la marginalité[13], la déviance[14], la sodomie/pédérastie[15], le crédit social[16] ou la sexualité[17] – soit elle est abordée dans l’angle de l’histoire des femmes plutôt que de l’histoire du genre. Cela relève notamment du fait qu’on tend à laisser la prostitution masculine aux historiens et historiennes de l’homosexualité. C’est ce qui explique que les historiens et historiennes présument d’une différence essentielle entre la prostitution masculine et son penchant féminin, présomption que les travaux de Jeffrey Merrick tendent à nuancer fortement.

Puisque l’historiographie s’est surtout construite autour des archives de police de la ville de Paris, cet essai questionnera cette présomption en analysant le vocabulaire de la répression policière parisienne de la prostitution au XVIIIe siècle. Nous posons l’hypothèse que la prostitution féminine et la prostitution masculine ne présentent pas de différences fondamentales dans leur traitement par la police, et que les différences observables sont le résultat de rapports de genre et de rapports de pouvoir diversifiés et variables qui ne justifient pas une séparation genrée de la recherche. Ainsi, les éléments influençant les autorités policières à traiter de façon différenciée les personnes pratiquant la prostitution sont loin de reposer uniquement ou fondamentalement sur le genre, la variable « sexe » ne constituant finalement qu’un angle d’analyse parmi tant d’autres.

À l’aide d’une visualisation des données récoltées par Jeffrey Merrick, nous fournirons les outils d’une relecture de l’histoire de la prostitution. Nous mettrons ainsi en lumière comment les motivations, l’administration, la surveillance et la répression de la police mènent à un traitement assez similaire des prostitué.e.s à chacune des étapes du traitement policier, et comment cela est confirmé par une certaine uniformité des formes et des lieux de la prostitution qui soulèvent la presque absence de différences qualitatives dans la nature de la prostitution masculine et féminine.

Dans son article « Patterns and Concepts in the Sodomitical Subculture of Eighteenth-Century Paris », Jeffrey Merrick répertorie 135 cas traités par la police parisienne en 1723 pour des causes de sodomie[18]. Sur ces 135 dossiers, 47 présentent des mentions de prostitution, ce qui signifie que plus d’un tiers d’entre eux traitent d’hommes étant identifiés par la police comme des sodomites participant au monde prostitutionnel (voir tableau 1). Merrick relève dans sa liste des hommes arrêtés pour sodomie deux terminologies utilisées par la police pour parler de prostitution soit « vendre ses services » et « se prostituer » [19].

Tableau 1. Répartition des sodomites arrêtés en 1723 selon leur association à la prostitution

Tableau 1. Répartition des sodomites arrêtés en 1723 selon leur association à la prostitution

Source des données: Jeffrey Merrick, « Patterns and Concepts in the Sodomitical Subculture of Eighteenth-Century Paris », Journal of Social History, vol. 50, n° 2, 2016, p. 299-304.

Cette statistique démontre bien la présence au XVIIIe siècle d’un commerce sexuel masculin, d’« une « industrie du loisir » opérant, comme la prostitution, dans des lieux identifiables et fournissant toute une gamme de service et d’opportunités. »[20] Cependant, pour Merrick la prostitution masculine homosexuelle est étudiée au sein du phénomène sodomite, ce qui pose encore la question de l’absence d’études de la prostitution masculine considérée au sein du phénomène prostitutionnel dans son ensemble.

Police et prostitution

Plusieurs historiens et historiennes – comme Vincent Millot, Justine Berlière, Isabelle Foucher et Vincent Denis[21] – ont mis en évidence les attitudes spécifiques de la police, notamment en ce qui concerne la prostitution. Les motivations, l’administration, la surveillance et la répression de la police à l’endroit du phénomène prostitutionnel, bien que comportant des différences reliées au sexe, permettent ainsi d’observer que dans la réalité les prostitué.e.s font l’objet d’un traitement très similaire.

Les motivations

Tout d’abord, les motivations de la police à la surveillance et à la répression sont les mêmes pour la prostitution masculine et féminine. En effet, les autorités policières sont bien conscientes qu’elles n’ont pas les moyens d’enrayer complètement la prostitution et elles présument que la prostitution – qu’elle soit pratiquée par des hommes ou des femmes – ne disparaîtra pas[22], et qu’elle croîtra plutôt. La police se concentre donc davantage à encadrer et invisibiliser le phénomène. Ainsi, confrontée à la « relative impuissance des restrictions sociales visant à contenir les pratiques sexuelles à l’intérieur des limites établies par les conventions et les lois »[23], la police ne peut que tenter de réduire la visibilité de ces comportements[24] : « Comme il n’y a point de confrontation à faire, ce sera une procédure de peu de durée, et si vous voulez les dérober entièrement à la connaissance du public, vous pouvez les envoyer à la Bastille pour quelques jours. »[25] Ici, l’utilisation de l’isolement d’un prostitué à la Bastille peut facilement être comparée à l’enfermement de prostituées à la Salpêtrière.

Les motivations de la police, et de l’État, semblent donc être les mêmes peu importe si la prostitution est exécutée par un homme ou une femme, c’est-à-dire de limiter les troubles, le scandale et la corruption liés à la prostitution publique et à « l’exposition de la sexualité dans l’espace public »[26]. Par ailleurs, les historiens et historiennes soulignent que les autorités redoutent particulièrement les maux de la ville, soit la sodomie et la prostitution, qui pouvaient corrompre la jeunesse[27]. La police s’inquiète également des enjeux reliés à la procréation et au noyau familial que ces comportements créent, ayant ainsi le potentiel de remettre en question les fondements mêmes de la société[28].

Toute prostitution, qu’importe le genre, est donc tantôt tolérée tantôt réprimée en fonction des questions liées à l’ordre et au désordre et est donc surtout l’objet de répression dans les cas où elle peut causer un scandale ou « corrompre la jeunesse »[29]. Les enjeux moraux semblent également être moins importants, la police traitant les sodomites comme toute autre personne arrêtée et les policiers semblant confrontés régulièrement à ces pratiques[30]. Les motivations de la police ne tiennent donc pas significativement compte du genre des prostitué.e.s.

L’administration et la surveillance

L’administration par la police de ces comportements est – elle aussi – presque identique pour la prostitution des deux sexes. En effet, au XVIIIe siècle la police est divisée en bureaux autour d’enjeux particuliers et les deux pratiques sont du ressort du bureau de la police des mœurs[31]. Ainsi, des patrouilles spécialisées[32] parcourent les Grands Boulevards et autres quartiers chauds de la prostitution en gardant l’œil ouvert pour les raccrochages et autres indices d’échanges sexuels monétarisés[33].

En outre, dans les deux cas on constate une accumulation accrue d’informations sur les vies des habitant.e.s de Paris[34]. Cela mène à une surveillance particulièrement forte des personnes pratiquant la prostitution. En effet, que ce soient des hommes ou des femmes, les prostitué.e.s sont observé.e.s et répertorié.e.s davantage au cours du XVIIIe siècle, les policiers cherchant ainsi à déterminer « la possible capacité du suspect à nuire à la société dans l’avenir. »[35] Ainsi, le lieutenant général Lenoir évalue le nombre de sodomites contenus sur les listes de police comme équivalent à celui des prostituées, soit à environ 20 000 en 1725[36].

Ces informations sont aussi obtenues de façon similaire pour la prostitution masculine et féminine. En effet, dans les deux cas cela passe par des dénonciations anonymes, qui peuvent émaner d’un vaste réseau d’observateurs et d’observatrices[37], ou par des dénonciations de la famille. On accumule aussi des informations par des interrogatoires suivant l’arrestation : « Sa Majesté veut bien faire mettre à l’hôpital général Lebel et Louvart, mais il faut auparavant les interroger sur les crimes dont ils sont accusés. »[38] Ainsi, une bonne quantité de renseignements sont obtenus directement des prostitué.e.s[39].

La répression

Finalement, les formes que prend la répression sont presque identiques pour la prostitution masculine et féminine. Effectivement, après les arrestations, c’est, autant pour les hommes que pour les femmes, le Lieutenant de police qui décide des peines[40] : « Vous trouverez ci-joint un ordre pour mettre à la Bastille Petit de Boutin, où il faut que vous l’interrogiez à fond sur tout son mauvais commerce, et que vous m’envoyiez son interrogatoire avec les pièces qui ont été trouvées dans sa malle, après quoi on verra s’il conviendra mieux de le mettre à Vincennes ou dans quelque château éloigné. »[41] Benabou décrit ces peines comme très arbitraires[42] et contradictoires[43], ce qui fait écho aux critiques que les Lumières font de la justice[44]. Cependant, la variabilité des peines – moins compréhensible dans un système aussi codifié que le nôtre – est très représentative des tentatives d’affirmation de la justice royale dont les juridictions sont encore en débat. Ainsi, considérant les tentatives répétées – et souvent réussies – de la police pour s’approprier des responsabilités techniquement attribuées à la Prévôté, ainsi que les impératifs d’invisibilisation du désordre par la police, il est normal que les actions de celle-ci prennent une variété de formes et d’intensité en fonction des rapports de pouvoir diversifiés qui sont à l’œuvre.  Les conséquences sont donc très rarement sévères, même si celles pour la prostitution des femmes sont paradoxalement plus fréquentes, mais moins intenses. Cependant, malgré « l’impunité relativement grande de la prostitution masculine, celle-ci n’a rien à voir avec la véritable protection offerte à certaines maquerelles et certaines maisons closes par la police. »[45]

Par ailleurs, au début du XVIIIe siècle, la répression policière est ponctuelle, de sorte que les prostitué.e.s sont généralement relâché.e.s[46]. Mais même lorsque ce n’est pas le cas, les prostitutions masculine et féminine font généralement l’objet des mêmes formes de mise à l’écart, formes qui varient en fonction de l’âge, de l’estimation du potentiel de récidive, du statut matrimonial ou de la position socio-économique. Dans les deux cas ce sont les mesures de confinement qui constituent les punitions les plus sévères[47], si on fait abstraction de la peine de mort qui est attribuée en de très rares occasions à des hommes accusés du crime de sodomie[48] et des peines infamantes – comme l’humiliation à dos d’âne – qui sont parfois attribuées aux prostituées et maquerelles[49]. Mais puisque la police préfère généralement des formes de punition moins publiques, afin de reconnaître le moins possible l’existence et la prévalence de ces pratiques[50], la mise à l’écart demeure la punition la plus fréquente. On favorise ainsi l’enfermement, soit directement à la Bastille pour les hommes, soit via les hôpitaux – la Salpêtrière pour les prostituées[51] et Bicêtre pour les sodomites[52] – établissements qui font office de véritables prisons[53]. Les hommes et les femmes peuvent par la suite être transféré.e.s dans des pensions religieuses, selon leur capacité ou celle de leur famille à payer les frais[54].  Une autre des possibilités après l’emprisonnement est l’exil, soit le retour des prostitué.e.s à leur région d’origine ou la déportation dans les colonies françaises[55].

Les différences

Malgré le fait que la prostitution est généralement abordée et réprimée de la même façon par la police, qu’importe le genre des suspect.e.s, quelques éléments distinguent le traitement reçu par la prostitution masculine. Ainsi, un des points qui différencie la police des sodomites, c’est qu’elle est, au tout début du siècle, partiellement motivée par des questions religieuses autour du péché de sodomie[56]. Cependant, cela laisse place avec le temps à d’autres considérations[57]. En effet, « [au] XVIIIe siècle, la sodomie n’apparaît plus comme un péché pour la police, mais comme un attentat à l’ordre, du fait des rencontres furtives, des glissements sociaux, au moins imaginaires, qu’elle semble permettre »[58].

Par ailleurs, au sein du bureau des mœurs, le phénomène prostitutionnel masculin s’insère dans le département « sodomie » – et fait conséquemment l’objet d’une surveillance particulière[59] qui s’exprime notamment à travers l’utilisation d’agents spécifiques. La principale différence de la police des sodomites avec la police des prostituées est donc que, jusque vers 1740, l’essentiel des arrestations pour prostitution masculine repose sur des « mouches »[60], c’est-à-dire des hommes arrêtés qui proposent d’espionner pour la police en échange d’une peine plus légère : « Le répondant offre de découvrir en ce genre les intrigues les plus secrètes de Paris, surtout par rapport aux régens et aux précepteurs qui corrompent l’innocence de leurs écoliers, et il ne demande pour toute récompense que d’être renfermé à Saint-Lazare, au pain et à l’eau, en attendant qu’on le juge digne d’être religieux à Joyenval »[61].

Le type d’information recueilli peut aussi constituer une différence du fait que la police des sodomites procède à un traitement au cas par cas ce qui mène à plus d’interrogatoires et à la création de dossiers individuels. Par contraste, les prostituées issues du peuple font souvent l’objet de condamnations de masse. En revanche, les prostituées desservant une clientèle plus nantie sont l’objet d’une surveillance beaucoup plus individuelle, précise et accrue que celle des sodomites[62]. Ainsi, la différence de traitement n’est pas uniquement une question de sexe.

Une dernière différence concerne les formes de la répression. Le genre peut ici avoir un impact sur l’intensité ou les formes qu’elle peut prendre. En effet, les punitions privilégiées pour les hommes peuvent différer de celles des femmes. Par exemple, la condamnation aux galères ou à l’armée est une punition réservée aux hommes[63]. Cependant, les variations internes semblent être plus grandes que celles entre les hommes et les femmes. Ainsi, on peut voir des hommes relâchés et anonymisés dans les archives, alors que d’autres sont condamnés aux galères pour le même crime; et des femmes qui travaillent de concert avec la police alors que d’autres se voient confinées ou enfermées pour des durées indéterminées.

Ces quelques différences montrent que, bien que des variations liées au genre existent, d’autres rapports de pouvoir créent des variations dans le traitement qui sont aussi, sinon plus significatives. La variable du genre n’apparaît donc pas spécialement importante dans les motivations, l’administration, la surveillance ou la répression de la prostitution par la police parisienne au XVIIIe siècle.

Lieux et formes de la prostitution

La séparation genrée de l’histoire de la prostitution apparaît encore moins justifiable lorsque l’on s’intéresse aux lieux et aux formes de la prostitution. En effet, la prostitution masculine et son penchant féminin occupent généralement les mêmes espaces et font partie de réseaux communs ou – minimalement – communicants.

Les lieux

Les lieux de la prostitution sont effectivement bien similaires. Cependant, la prostitution féminine fait moins l’objet d’un tabou, de sorte que la tolérance paradoxale dont elle jouit la rend moins concentrée et plus répandue dans l’espace[64]. La prostitution masculine se retrouve plus souvent confinée à certains quartiers comme le quartier Saint-Antoine « qui semble propre aux sodomites »[65]. L’historiographie montre bien que, dans la première moitié du XVIIIe siècle, la prostitution féminine s’exprime généralement dans les jardins royaux, près des quais, ainsi que sur les Grands Boulevards[66], ce que l’on observe aussi dans les données de Jeffrey Merrick (voir Tableau 2).

Tableau 2. Répartition selon le lieu d’arrestation de 47 hommes arrêtés pour sodomie en 1723 dont le dossier mentionne la prostitution

Source des données : Jeffrey Merrick, « Patterns and Concepts in the Sodomitical Subculture of Eighteenth-Century Paris », Journal of Social History, vol. 50, n° 2, 2016, p. 299-304.

Les jardins apparaissent d’ailleurs comme un des lieux principaux d’expression de la sodomie[67] et de la prostitution des deux sexes[68] du fait de l’intimité que confère la présence de bosquets (voir figure 1) ainsi que d’endroits reculés, sombres et frais[69].

Figure 1. Dessin du jardin des Tuileries, Paris, France, XVIIIe siècle

Source : Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, RESERVE FOL-VE-53 (H), Destailleur Paris, t. 6, 1311.

Quoique ces lieux peuvent accueillir les actes sexuels en eux-mêmes, ils sont plutôt utilisés pour le raccrochage, et une fois la rencontre d’un client ou d’une cliente effectuée, on se dirige habituellement vers un lieu secondaire, soit les tavernes, les clubs, les bordels ou les lieux de résidence usuels des protagonistes. Une des distinctions qui peut être faites entre la prostitution masculine et féminine, c’est que « les lieux de rencontre sexuelle entre hommes se distinguent rarement de l’espace public en général »[70], alors que les femmes peuvent rencontrer des clients directement dans un espace privé grâce à la structure des bordels déjà en place dans la première moitié du XVIIIe siècle[71]. Cependant, des bordels sodomites existent également. Même si certain.e.s prostitué.e.s exercent dans un environnement plus privé, « [dans] la ville moderne de la fin du XVIIIe siècle, la prostitution publique est de fait particulièrement visible, intégrée au tissu urbain, elle ne forme pas d’isolats. »[72]

Ainsi, malgré la plus grande concentration de la prostitution masculine, les lieux de la prostitution ne semblent pas être particulièrement influencés par le sexe des prostitué.e.s, les hommes et les femmes contribuant simplement à la multiplicité de l’offre sexuelle de la capitale, la taille de la ville facilitant l’impression d’anonymat et d’impunité[73] malgré l’exercice de la prostitution dans l’espace public.

Les formes

Contrairement à ce que la séparation genrée de l’historiographie suggère, on a ici affaire à des réseaux et des pratiques hétérogènes dont les facteurs structurants semblent plutôt être liés à des éléments comme l’âge ou le statut social qu’à des considérations de genre. En effet, non seulement les formes que prend la prostitution masculine diffèrent très peu des manifestations possibles de la prostitution féminine, mais on peut même aller jusqu’à identifier des réseaux communs ce qui suggère que la prostitution n’est pas une activité au sein de laquelle on observe systématiquement une ségrégation genrée. Ainsi, tout comme pour la prostitution féminine, il existe plusieurs preuves entre 1700 et 1750 de l’existence de réseaux de prostitution sodomites dans lesquels certains individus s’occupent de prostituer d’autres hommes, souvent plus jeunes[74] : « Baptiste, qui a été au service de M. de Vendôme, et a longtemps abusé de sa confiance, jusqu’à se vanter qu’il lui fournissait des jeunes gens et qu’il en était bien payé »[75]. Ces réseaux peuvent être conjoints, des femmes et des hommes soutenant à la fois des hommes et des femmes[76]. D’ailleurs, la police considère qu’« il existe un tel concert entre la pédérastie et la prostitution, ces deux choses sont tellement deux parties d’un même tout, que souvent les dangers qu’elles offrent, les scandales qu’elles occasionnent, sont le résultat d’une alliance commune. »[77] Ces réseaux reposent de plus en plus sur le proxénétisme. Ainsi tout comme les maquerelles, les proxénètes de prostitués masculins sont souvent d’anciens prostitués qui ne peuvent plus vendre leurs propres services[78] ou des hommes encore dans l’industrie qui s’occupent de raccrocher pour autrui[79].

Au-delà de ces réseaux, les parents peuvent faire office de proxénètes, autant pour de jeunes filles que pour de jeunes garçons, en prostituant leurs enfants pour obtenir une protection pour toute la famille[80]. Aussi, les deux prostitutions peuvent se retrouver dans des bordels et des clubs[81]. Par exemple, Benjamin Deschauffours est condamné à mort en 1726 du fait de sa gestion d’un de ces réseaux prostitutionnels et d’un de ces bordels sodomites[82], mais il n’est pas le seul à avoir dirigé ou participé à ce genre d’entreprise : « En 1701, Lebel, son père, était maître d’hôtel de M. de Chanlot, secrétaire des commandemens de M. le Prince, et ce jeune homme, vicieux dès l’enfance, après avoir fait ses classes dans un collège de cette ville, et s’y être livré aux plus infâmes prostitutions, a tenu chez lui une école d’abominations et de sodomie »[83].

Érica-Marie Benabou distingue une autre forme de prostitution, soit les femmes galantes et les femmes entretenues, qui font généralement l’objet d’une surveillance policière accrue. Ce phénomène est aussi observable chez les hommes. En effet, certaines femmes bien nanties, souvent elles-mêmes maquerelles, entretiennent des « greluchons » qu’elles couvrent de cadeaux et d’argent[84] : « La Florence, par exemple, a Cronier, un joueur débauché, la fameuse Paris, à la fin de son règne, a un jeune homme nommé Laumur, la Montigny aime un certain Le Moul Dubouloir qui la trahit. Et la Deslongrais, dont le souteneur était soldat aux gardes, tend à couvrir le vitrier Ménétra de petits cadeaux et même d’argent »[85]. On retrouve aussi des traces d’hommes qui en entretiennent d’autres, tel qu’un ambassadeur de Venise qui entretient un comédien[86].

Ainsi, les prostitué.e.s s’entre-mêlent au sein de réseaux mixtes dirigés par des proxénètes ou des maquerelles qui ne font pas nécessairement grand cas du genre des prostitué.e.s. Non seulement la prostitution masculine semble habiter des espaces habituellement identifiés comme féminins, mais elle fait également partie des mêmes réseaux.

Rapports de genre et de pouvoir

Cette distinction genrée au sein du phénomène prostitutionnel semble donc finalement moins importante que ce que l’historiographie suggère, mais est-ce que cela signifie effectivement que les rapports de genre n’affectent pas les formes de la répression? Pour répondre à cette question, nous analyserons le vocabulaire utilisé par la police puisque la façon dont on parle de la prostitution et des prostitué.e.s permet de comprendre mieux comment la répression s’exprime et quels sont les facteurs qui la sous-tendent réellement. Lorsqu’on analyse les actes prostitutionnels et le traitement pratique de la prostitution les différences genrées semblent minimes, nous pouvons donc nous demander si le concept de prostitution reflète ce manque de distinction.

Bien qu’il soit vrai que pour certains auteurs la prostitution soit nommée comme féminine, la justification qui est utilisée montre en réalité qu’on y inclut facilement la prostitution masculine en l’associant à la large terminologie religieuse de l’« infâme ». Par exemple, la traduction du Deutéronome 23.17 favorisée par Delamare dans son traité sur la police écrit en 1705 semble condamner particulièrement la prostitution féminine : « Il n’y aura point, ajouste ce divin Législateur, de femme prostituée d’entre les filles d’Israël, ny de fornicateur et d’abominable d’entre les enfans d’Israël »[87]. Cet extrait démontre cette féminisation de la prostitution dans la théorie, ainsi que l’invisibilisation de la prostitution masculine dans le but de garder cette dernière sous silence. Cependant, les traductions évoluent avec le temps et la traduction plus près du texte aujourd’hui ne semble pas traiter le concept de prostitution différemment selon le genre. On peut ainsi voir lorsqu’on regarde l’évolution de ce Deutéronome[88] que la deuxième partie se modifie petit à petit pour prendre le sens de « ni entre les fils d’Israël aucun prostitué à paillardise » en 1744, puis de « et qu’aucun des fils d’Israël ne se prostitue à l’infamie » en 1811, et finalement de « et il n’y aura aucun prostitué parmi les fils d’Israël » en 1901.

Ces différentes traductions montrent que la prostitution masculine aussi est prise en considération, mais sous d’autres termes, puisqu’elle est associée à la sodomie. Ainsi, dans son traité, Delamare mentionne dans la section prostitution à la fois les « grands crimes » tels que la sodomie, et la « débauche des femmes qui se dévoilent publiquement à la lubricité, (…) moins criminelles à la vérité que les premières, mais beaucoup plus fréquentes »[89]. D’autres traités de jurisprudence comme ceux de Muyart de Vouglans et de Daniel Jousse, suivent cette même lignée.

Bien que dans les traités de jurisprudences la prostitution soit féminisée, elle est assimilée au crime de luxure tout comme la sodomie, et il apparaît que dans l’usage commun, dans les dictionnaires, dans les textes saints ou dans les archives policières on retrouve pour la majorité du XVIIIe siècle une définition de la prostitution relativement uniforme qui n’est pas féminisée. En effet, lorsqu’on observe la définition de prostitution du Dictionnaire de Trévoux datant de 1738-1742, on retrouve la mention suivante : « Dérèglement de vie & de mœurs; abandonnement à une vie infâme, Bassesse, soumission vile & mèrcenaire. (…) Cette femme a renoncé à l’honneur, & vit dans une étrange prostitution. On appelle lieu de prostitution, les lieux publics où l’on retrouve des infâmes qui se prostituent à tous venans. »[90]. Cette définition est moins genrée, de sorte que l’on considère que tant les femmes que les « infâmes », soit habituellement les sodomites, peuvent pratiquer la prostitution. Dans le Dictionnaire critique de la langue française datant de 1787-1807, la prostitution acquiert une définition plus sexuée : « S. f. Une prostituée, une femme ou une fille abandonée à l’impudicité, vivant dans la prostitution. / Ces deux mots sont fort usités au figuré. Que d’hommes prostituent leur honeur, leur dignité, la justice, la Magistratûre. »[91] Cette définition plus tardive démontre un changement dans la perception de la prostitution, la prostitution physique devenant uniquement féminine, et la prostitution figurée pouvant être masculine. Cela montre une évolution dans la façon de percevoir, de nommer et de contrôler la prostitution entre le XVIIIe et le XIXe siècle et rappelle donc l’importance de ne pas appliquer au XVIIIe siècle des conclusions et approches valides pour la période qui suit.

Il appert donc que la prostitution n’est pas une activité uniquement attribuée aux femmes au XVIIIe siècle. En effet il nous est possible de montrer que bien que la prostitution masculine soit qualifiée de sodomie, les policiers décrivent généralement la prostitution de la même façon pour les hommes et les femmes : « M. l’abbé de Larris, ci-devant dans le quartier de Sainte-Geneviève; celui-ci est une figure agréable et se prostituait lui-même »[92]. La prostitution ou la vente de services sexuels est donc identifiée en fonction d’actions plutôt que comme une identité : « En 1704, il est venu de la Bastille, et c’est un sujet fort indigne; la sodomie a été la principale occupation de sa jeunesse, et quand la prostitution de sa personne lui est devenue inutile, il en a prostitué d’autres et s’en est fait un revenu. »[93] On voit cette action à travers le verbe « prostituer », mais on peut aussi la suggérer en mentionnant un échange économico-sexuel : « Le jeune homme luy ayant demandé pourquoy il vouloit l’emmener il luy a répondu quil luy donneroit un baisé, et ayant continué tous deux une longue conversation le dit Sr. Fouquault a déclaré au dit jeune homme quil aimeroit for a le mettre et quil soufroit aussi qu’on luy mit (…) et ensuitte il luy donnerois de l’argent. »[94] Le vocabulaire utilisé par la police au XVIIIe siècle ne prétend donc absolument pas que seules les femmes se prostituent. Les deux sexes sont considérés comme pouvant « raccrocher », puis « se prostituer » en échange d’argent, de faveurs sociopolitiques ou de biens précieux[95].

Dans le vocabulaire, les prostitutions sont donc toujours liées conceptuellement. Ainsi, les rapports de genre ne sont pas suffisants pour expliquer la représentation différenciée de la prostitution en fonction du sexe, les rapports de pouvoir semblant avoir un plus grand impact sur le traitement et la représentation des prostitutions masculines et féminines. En effet, « [la] culture de la Renaissance et de l’Ancien Régime assignait des identités sociales et sexuelles « licites » et « illicites » aux personnes selon des critères flexibles variant avec la classe sociale, l’âge, le sexe, les normes médicales et matrimoniales. »[96] Ainsi, c’est un ensemble de facteurs liés à des hiérarchies de pouvoir qui créent les différences dans le traitement par la police de la prostitution, le sexe représentant seulement une de ces variables.

Par exemple, la variable de l’âge joue un rôle important dans le traitement de la prostitution, puisque préalablement à la vingtaine (âge de la majorité) on considère souvent les jeunes hommes et les jeunes femmes comme des victimes ayant été « corrompues » par d’autres personnes plus âgées[97] : « Comme ils n’ont aucun bien, et qu’ils ne subsistent que de cette intrigue, ils livrent les jeunes gens qu’ils ont débauchés à des personnes qui les payent bien, et ils en partagent les prix. »[98] Même si ce phénomène est souvent observable, les historien.ne.s ont démontré que les jeunes prostitué.e.s sont loin de toujours être des victimes, et que leur rôle est non négligeable dans l’initiation de rapports sexuels monétisés[99]. Ainsi, la police effectue un traitement différencié des prostitué.e.s selon l’âge, libérant souvent les jeunes hommes[100] et tentant de trouver de bons partis pour les jeunes femmes afin de racheter leur honneur[101]. Par ailleurs, puisque la société moderne possède une certaine tolérance pour la sexualité entre hommes lorsque la personne prenant le rôle « actif » (pénétration) est supérieure en âge ou en statut social[102], une plus grande tolérance peut être observée par la police si les comportements sexuels à réprimer s’inscrivent dans cette norme. On peut aussi observer que les hommes plus âgés tendent à être étiquetés davantage comme se prostituant (voir tableau 3) puisque cela implique un plus grand jugement moral que la vente de service et qu’on tient pour acquis qu’un homme âgé se prêtant à cette pratique est irrémédiablement débauché. On laisse généralement aux plus jeunes le bénéfice du doute.

Tableau 3. Répartition de la classe d’âge de 36 hommes arrêtés en 1723 pour sodomie selon la typologie utilisée pour décrire leurs activités prostitutionnelles

Source des données: Jeffrey Merrick, « Patterns and Concepts in the Sodomitical Subculture of Eighteenth-Century Paris », Journal of Social History, vol. 50, n° 2, 2016, p. 299-304.

La classe sociale affecte aussi le traitement de la prostitution puisque la police tend à surveiller, à collaborer et à respecter plus les femmes nanties ou issues de classes sociales supérieures[103], alors qu’elle condamne en bloc les prostituées du commun comme faisant partie d’un groupe homogène de « débauchées ». Un phénomène similaire est observable pour la prostitution masculine. En effet, la police ne dérange que très rarement les élites[104], libérant même les hommes de condition dès qu’ils sont reconnus[105]. On tente également de préserver au maximum les réputations des hommes impliqués dans la sodomie[106], comme les marchands ou les membres du clergé. Ces derniers font d’ailleurs souvent l’objet d’un traitement différencié[107].

Ainsi, les efforts de la police s’acharnent sur une partie de la population plus pauvre[108], celle qui a généralement besoin de la prostitution pour survivre[109], celle à qui on attribue tous les désordres[110] : « ceux qui ont affaire aux gens de la rue doivent être surveillés, même si on ne les punit pas. »[111] Pourtant, la prostitution masculine n’implique pas que les plus démunis : « Lebel est un beau garçon, bien fait, ci-devant laquais, et qui à présent se fait passer pour un homme de qualité. Cet homme est dans la dernière débauche, et c’est un lieu où l’on voit tous les jours entrer des jeunes garçons avec des gens de qualité et même des moines, lesquels y passent des journées entières à faire des débauches très grandes, et on assure que le péché de Sodome s’y commet avec la dernière licence. »[112]

En dernier lieu, les normes matrimoniales et médicales jouent aussi un rôle dans ce traitement différencié. En effet, la médicalisation croissante liée aux maladies transmises sexuellement influence grandement le contrôle mis en place sur les prostituées et le commerce du sexe féminin[113]. Également, les hommes mariés et avec des enfants sont souvent jugés plus favorablement parce que sans lui la famille se retrouve presque sans ressources[114].

Conclusion

Il apparaît donc clair que la prostitution n’est pas considérée ni réprimée en tant qu’activité genrée uniquement féminine. Cependant il ne s’agit pas ici de dire que les rapports de genre n’ont pas d’importance dans le traitement qui est accordé par la police aux prostitué.e.s. L’objectif est plutôt de montrer l’artificialité de la séparation genrée qui a eu cours dans l’historiographie de la prostitution à Paris, afin d’inciter les historien.ne.s à ne pas systématiquement étudier séparément les hommes et les femmes qui se prêtent aux mêmes activités prostitutionnelles, dans des lieux communs et au sein de réseaux communs.

Sans prétendre que nos conclusions relatives à la prostitution parisienne au XVIIIe siècle peuvent être appliquées en bloc à tous les espaces où la prostitution a fait l’objet de répression policière à la même époque, notre étude met en lumière la nécessité d’une remise en question de la séparation genrée de l’histoire de la prostitution. Il nous est d’avis que l’étude du phénomène prostitutionnel dans sa totalité nous permettrait de générer une meilleure analyse genrée de la répression au XVIIIe siècle que ce qui a été fait jusqu’à présent. Par exemple, s’il semble effectivement y avoir un plus grand stigmate sociétal relié à la sodomie, la prostitution féminine fait l’objet d’un contrôle policier plus grand qui ne fait que s’accentuer, alors que la pression policière s’atténue du côté de la prostitution masculine[115]. Ce rapport est fondé sur une hiérarchie sexuelle dans laquelle l’homme conserve un plus grand pouvoir sur sa sexualité et sur son corps, ce qui implique un traitement différencié de la prostitution masculine et féminine. Les autorités cherchant à institutionnaliser, en quelque sorte, un exutoire aux passions masculines hétérosexuelles, la prostitution se doit d’être officiellement un concept féminin. Cela s’inscrit dans la croyance en la légitimité du contrôle des hommes sur les corps féminins, et donc des autorités sur la femme, ce qui n’est pas un rapport de pouvoir présent entre les autorités et les sodomites. Ainsi, bien que les questions morales et religieuses condamnent davantage la prostitution masculine que son équivalent féminin, les femmes se retrouvent tout de même à être davantage l’objet de la répression policière que les hommes.

On peut en conclure que les questions de genre impactent la façon dont est envisagée la sexualité et la prostitution à l’époque moderne, notamment en fournissant des codes et des normes sexuelles auxquelles les gens doivent en théorie se plier. En réalité pourtant, beaucoup de contradictions existent entre les « normes sexuelles » et les comportements qui sont réellement tolérés. Ce sont donc plutôt les considérations liées au maintien de l’ordre social qui vont modifier les mécanismes de répression mis en œuvre par la police[116]. Cela explique la tolérance de la police pour la prostitution, autant féminine que masculine, tant et aussi longtemps que ces comportements se tiennent loin des espaces publics et qu’ils n’ont pas le potentiel de créer des scandales. Cela permet aussi de souligner l’écart entre les comportements réprimés et les comportements tolérés. Par exemple, alors que certains prostitués récoltent la peine de mort, d’autres sont relâchées et anonymisées dans les archives. Notre essai montre que ces écarts reposent en fait très peu sur les questions de genre et plutôt sur la visibilité du phénomène, le statut des prostitué.e.s ou le type de clientèle. Le genre apparaît donc comme une variable parmi d’autres comme l’âge ou le statut social qui affectent bien davantage l’attitude de la police envers le phénomène. La façon dont la police traite un individu est donc extrêmement variable et n’est pas confinée à un facteur précis. Conséquemment, ce sont moins des limites légales ou morales qui définissent ce qui est acceptable en opposition à ce qui ne l’est pas, mais ce sont plutôt des rapports de pouvoir sociaux qui tracent ces frontières, ceux et celles qui les outrepassent étant rapidement l’objet des efforts policiers[117].

Ainsi, le but est moins de punir des conduites immorales que de contrôler certains comportements et certains groupes de manière différenciée et dans l’optique, consciente ou non, de renforcer le pouvoir de la police[118] : « Loin de coïncider avec la stricte application de la loi ou de la réglementation, (…) les pratiques policières procèdent d’un calcul permanent coût-bénéfice entre les avantages de la répression et ceux d’une tolérance calculée pour la préservation de l’ordre social et de la tranquillité publique. »[119]

Donc cette idée selon laquelle la prostitution masculine et féminine constituent deux univers différents à Paris au XVIIIe siècle ne constitue-t-elle pas en fait une rétrojection des rapports de genre qui se forment au XIXe siècle et qui perdurent jusqu’à aujourd’hui? Et s’il s’agit effectivement d’une rétrojection, pourquoi continuons-nous à effectuer une histoire de la prostitution au XVIIIe siècle comme uniquement féminine?

Références

[1] Jeffrey Merrick, « Patterns and Concepts in the Sodomitical Subculture of Eighteenth-Century Paris », Journal of Social History, vol. 50, n° 2, 2016, p. 273‑306.

[2] Sara F. Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », dans Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello, dir., Histoire du corps, Paris, Éditions du Seuil, 2005, p. 234‑235.

[3] François Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille : documents inédits. Règne de Louis XIV (1702 à 1710), vol. 10, France, 1904 (1866), p. 2.

[4] Généralement, la prostitution masculine est mentionnée au sein d’études sur la sodomie ou l’homosexualité, mais n’est pas l’objet principal de l’analyse. Ainsi, pour le XVIIIe siècle on en retrouve des traces dans les travaux de Jeffrey Merrick, de Michel Rey et de Myriam Deniel-Ternant sur la déviance et la sodomie : Merrick, « Patterns and Concepts », p. 273-306 ; Michel Rey, « Police et sodomie à Paris au XVIIIe siècle : du péché au désordre », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, vol. 29, n° 1, 1982, p. 113‑124 ; Myriam Deniel-Ternant, « Paris, capitale de la déviance ecclésiastique au siècle des Lumières », Genre, sexualité & société, n° 10, 2013, https://doi.org/10.4000/gss.3005. On peut aussi lire quelques lignes à ce sujet dans les ouvrages fondamentaux sur la prostitution féminine, comme ceux d’Erica-Marie Benabou et de Clyde Plumauzille : Erica-Marie Benabou, La prostitution et la police des mœurs au XVIIIe siècle, Paris, Librairie académique Perrin, 1987, 547 p. ; Clyde Plumauzille, Prostitution et Révolution: les femmes publiques dans la cité républicaine (1789-1804), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2016, 393 p.

[5] Considérant que plusieurs théories, comme celle des échanges économico-sexuels de Paola Tabet, viennent remettre en question la prostitution comme un phénomène aux caractéristiques homogènes qui possède des frontières claires, il est nécessaire d’établir la définition retenue ici. Dans le cadre de cet essai, nous aborderons la prostitution comme un phénomène englobant l’ensemble des actes sexuels et des individus que la police associe aux actions de « se prostituer » ou de « vendre ses services ». Cette définition inclut les « sodomites », terme utilisé pour parler des hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes. Plus tard au XVIIIe siècle, le terme de sodomie est remplacé par celui de pédérastie.

[6] Alain Corbin, Les filles de noce: misère sexuelle et prostitution, XIXe siècle, Paris, Flammarion, 2015 (1978), 631 p.

[7] Régis Revenin, Homosexualité et prostitution masculines à Paris: 1870-1918, Paris, Éditions L’Harmattan, 2005, 225 p.

[8] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, 547 p.

[9] Clyde Plumauzille, « Le “marché aux putains” : économies sexuelles et dynamiques spatiales du Palais-Royal dans le Paris révolutionnaire », Genre, sexualité & société, n° 10, 2013, https://doi.org/10.4000/gss.2943 ; Plumauzille, Prostitution et Révolution, 393 p.

[10] Nina Kushner, Erotic Exchanges: the World of Elite Prostitution in Eighteenth-Century Paris, New York, Cornell University Press, 2013, 295 p. ; Anne Giraudeau, « De la rue à la chambre: Une approche spatiale de la prostitution à Grenoble au XVIIIe siècle », Histoire urbaine, n° 2, 2017, p. 37‑54 ; Marion Pluskota, « Urban Governance and Prostitution in Eighteenth-Century Port Cities in France and England », dans  Nicolas Kenny et Rebecca Madgin, dir., Cities Beyond Borders: Comparative and Transnational Approaches to Urban History, New York, Routledge, 2016, p. 16.

[11] Jean-Pierre Carrez, Femmes opprimées à la Salpêtrière de Paris: 1656-1791, Paris, Connaissances et Savoirs, 2005, 317 p. ; Alexandra Vouligny, « Médiatiser la Salpêtrière: pouvoirs, embûches et résistances (1774-1815) », Mémoire de maîtrise (histoire), Université de Sherbrooke, 2023, 151 p.

[12] Dominique Godineau, Les femmes dans la société française: 16e-18e siècle, Paris, Armand Colin, 2003, 253 p. ; Dominique Godineau, Les femmes dans la France moderne, Paris, Armand Colin, 2015, 306 p. ; Karine Lambert et Martine Lapied, « Femmes du peuple dans les archives judiciaires », Dix-huitième Siècle, vol. 36, n° 1, 2004, p. 155‑170.

[13] Arlette Farge, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1992 (1979), 252 p.

[14] Deniel-Ternant, « Paris, capitale de la déviance ecclésiastique ».

[15] Les travaux de Jeffrey Merrick et de Thierry Pastorello en sont de bons exemples : Merrick, « Patterns and Concepts », p. 273-306 ; Thierry Pastorello, « Sodome à Paris : protohistoire de l’homosexualité masculine fin XVIIIe – milieu XIXe siècle », Thèse de doctorat (histoire), Université Paris-Diderot – Paris VII, 2009, 529 p.

[16] Clare Haru Crowston, Credit, Fashion, Sex: Economies of Regard in Old Regime France, Durham, Duke University Press, 2013, 424 p.

[17] Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », p. 167-234 ; Karen Harvey, « Le Siècle du sexe? Genre, corps et sexualité au dix-huitième siècle (vers 1650-vers 1850) », Clio. Femmes, Genre, Histoire, n° 31, 2010, p. 207‑238.

[18] Merrick, « Patterns and Concepts », p. 273‑274.

[19] À la fin de son article, Merrick offre une liste des hommes arrêtés en 1723 pour sodomie et indique leur nom, leur âge, leur métier, leur statut marital, leurs intérêts sexuels, s’il s’agit d’un cas de prostitution, le lieu de l’arrestation ainsi que les informations liées à leur arrestation. L’article ne fait pas une analyse statistique poussée, nous avons donc repris les données répertoriées par Merrick et avons utilisé SPSS pour effectuer des modélisations spécifiquement axées sur les cas de prostitution. Cette liste se retrouve aux pages 299 à 304. Merrick, « Patterns and Concepts », p. 273-306.

[20] Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », p. 234‑235.

[21] Foucher, Isabelle, Vincent Denis et Vincent Milliot, dir., La police des Lumières: ordre et désordre dans les villes au XVIIIe siècle, Paris, Gallimard Archives nationales, 2020, 255 p. ; Milliot, Vincent et Justine Berlière, « L’admirable police »: tenir Paris au siècle des Lumières, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2016, 369 p.

[22] Jeffrey Merrick, « Commissioner Foucault, Inspector Noël, and the “Pederasts” of Paris, 1780-3 », Journal of Social History, vol. 32, n° 2, 1998, p. 287 ; Jeffrey Merrick, « Sodomitical Inclinations in Early Eighteenth-Century Paris », Eighteenth-Century Studies, vol. 30, n° 3, 1997, p. 291.

[23] Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », p. 175.

[24] Merrick, « Patterns and Concepts », p. 285.

[25] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 5.

[26] Plumauzille, Prostitution et Révolution, p. 195 et 241.

[27] Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », p. 181.

[28] Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », p. 231.

[29] D.A. Coward, « Attitudes to Homosexuality in Eighteenth-century France », Journal of European Studies, vol. 10, n° 40, décembre 1980, p. 235.

[30] Coward, « Attitudes to Homosexuality in Eighteenth-century France », p. 239.

[31] Vincent Denis et Vincent Milliot, « Police et identification dans la France des Lumières », Genèses, vol. 54, n° 1, 2004, p. 14.

[32] Deniel-Ternant, « Paris, capitale de la déviance ecclésiastique », paragr. 7.

[33] Karen Bowie, La modernité avant Haussmann: formes de l’espace urbain à Paris : 1801-1853, Paris, Éditions Recherches, 2001, 407 p.

[34] Rey, « Police et sodomie à Paris au XVIIIe siècle », p. 113.

[35] Déborah Cohen, « Savoir pragmatique de la police et preuves formelles de la justice : deux modes d’appréhension du crime dans le Paris du XVIIIe siècle », Crime, Histoire & Sociétés / Crime, History & Societies, vol. 12, n° 1, 2008, paragr. 16.

[36] Rey, « Police et sodomie à Paris au XVIIIe siècle », p. 113.

[37] Deniel-Ternant, « Paris, capitale de la déviance ecclésiastique », paragr. 14.

[38] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 5.

[39] Merrick, « Commissioner Foucault, Inspector Noël, and the “Pederasts” of Paris, 1780-3 », p. 297.

[40] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 181.

[41] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 4.

[42] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 183.

[43] Rey, « Police et sodomie à Paris au XVIIIe siècle », p. 122.

[44] Cohen, « Savoir pragmatique de la police et preuves formelles de la justice », paragr. 50.

[45] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 184.

[46] Merrick, « Patterns and Concepts », p. 274.

[47] Coward, « Attitudes to Homosexuality in Eighteenth-century France », p. 235.

[48] Jeffrey Merrick, « Sodomites and Police in Paris, 1715 », Journal of Homosexuality, vol. 42, n° 3, 2002, p. 107.

[49] Catherine Tourangeau, « Un corps de désordre: la prostituée dans l’Atlantique français », Cahiers d’histoire, vol. 32, n° 1, 2013, p. 68-69.

[50] Merrick, « Commissioner Foucault, Inspector Noël, and the “Pederasts” of Paris, 1780-3 », p. 287.

[51] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 79.

[52] Merrick, « Patterns and Concepts », p. 283.

[53] Cohen, « Savoir pragmatique de la police et preuves formelles de la justice », paragr. 17.

[54] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 78 ; Rey, « Police et sodomie à Paris au XVIIIe siècle », p. 122.

[55] Jeffrey Merrick, « Sodomy, Subculture, and Surveillance in Paris, 1739–47 », Early Modern French Studies, vol. 45, n° 2, 2023, p. 206 ; Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 85.

[56] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 181.

[57] Merrick, « Sodomitical Inclinations in Early Eighteenth-Century Paris », p. 289‑295.

[58] Rey, « Police et sodomie à Paris au XVIIIe siècle », p. 123.

[59] Denis et Milliot, « Police et identification », p. 14.

[60] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 181.

[61] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 7‑8.

[62] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 181‑182.

[63] Coward, « Attitudes to Homosexuality in Eighteenth-century France », p. 244.

[64] Félix Carlier, Études de pathologie sociale : les deux prostitutions, Paris, E. Dentou, 1887, 514 p.

[65] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 180‑181.

[66] Plumauzille, Prostitution et Révolution, p. 31‑32.

[67] Bowie, La modernité avant Haussmann, p. 234.

[68] Coward, « Attitudes to Homosexuality in Eighteenth-century France », p. 243.

[69] Plumauzille, Prostitution et Révolution, p. 154.

[70] Bowie, La modernité avant Haussmann, p. 234.

[71] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 215‑217.

[72] Plumauzille, « Le “marché aux putains” », paragr. 1.

[73] Deniel-Ternant, « Paris, capitale de la déviance ecclésiastique », paragr. 57.

[74] Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », p. 234‑235 ; Merrick, « Sodomites and Police in Paris », p. 104.

[75] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 6.

[76] Plumauzille, Prostitution et Révolution, p. 31.

[77] Carlier, Études de pathologie sociale, p. 273‑274.

[78] Merrick, « Sodomitical Inclinations in Early Eighteenth-Century Paris », p. 291.

[79] Jeffrey Merrick, « Sodomitical Scandals and Subcultures in the 1720s », Men and Masculinities, vol. 1, n° 4, 1999, p. 376.

[80] Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », p. 181.

[81] Coward, « Attitudes to Homosexuality in Eighteenth-century France », p. 239.

[82] Merrick, « Sodomitical Scandals and Subcultures in the 1720s », p. 376‑377.

[83] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 10.

[84] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 256 ; Deniel-Ternant, « Paris, capitale de la déviance ecclésiastique », paragr. 26 ; Régis Revenin, « Jalons pour une histoire culturelle et sociale de la prostitution masculine juvénile dans la France des “Trente Glorieuses” », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière ». Le Temps de l’histoire, n° 10, 2008, paragr. 1.

[85] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 256.

[86] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 182.

[87] Nicolas Delamare, Traité de la police, où l’on trouvera l’histoire de son etablissement, les fonctions et les prerogatives de ses magistrats; toutes les loix et tous les reglemens qui la concernent, Paris, Jean et Pierre Cot, 1705, 648 p.

[88] Thomas Mathey, « Deutéronome 23.17 – comparé dans 28 traductions de la Bible », Levangile, s.d., https://www.levangile.com/comparateur-bible-5-23-17.

[89] Delamare, Traité de la police, p. 483.

[90] Isabelle Turcan, dir., « Prostituer, Prostitué(e), Prostitution », Dictionnaire de Trévoux, France, Nancy, 1742 (1738), https://www.cnrtl.fr/dictionnaires/anciens/trevoux/menu1.php.

[91] Jean-François Féraud, « Prostituer, prostitution », Dictionnaire critique de la langue française, France, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, 1807 (1787), https://www.cnrtl.fr/dictionnaires/anciens/feraud/menu.php.

[92] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 6.

[93] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 10‑11.

[94] Bibliothèque nationale de France, « Rapport de police du 2e bureau de la lieutenance de police – Discipline des mœurs – Sodomie – 14 octobre 1724 », 1724, p. 4r à 5r, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53116238f.

[95] Revenin, « Jalons pour une histoire culturelle et sociale de la prostitution masculine », paragr. 1.

[96] Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », p. 177.

[97] Merrick, « Commissioner Foucault, Inspector Noël, and the “Pederasts” of Paris, 1780-3 », p. 294 et 301 ; Merrick, « Sodomitical Inclinations in Early Eighteenth-Century Paris », p. 291.

[98] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 6.

[99] Merrick, « Commissioner Foucault, Inspector Noël, and the “Pederasts” of Paris, 1780-3 », p. 290 et 301 ; Merrick, « Patterns and Concepts », p. 278.

[100] Rey, « Police et sodomie à Paris au XVIIIe siècle », p. 115‑116 et 119.

[101] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 79.

[102] Matthews-Grieco, « Corps et sexualité dans l’Europe d’Ancien Régime », p. 234‑235.

[103] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 181‑182.

[104] Coward, « Attitudes to Homosexuality in Eighteenth-Century France », p. 234.

[105] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 183 ; Merrick, « Sodomitical Scandals and Subcultures in the 1720s », p. 380.

[106] Cohen, « Savoir pragmatique de la police et preuves formelles de la justice », paragr. 47.

[107] Deniel-Ternant, « Paris, capitale de la déviance ecclésiastique », paragr. 21‑22.

[108] Merrick, « Sodomy, Subculture, and Surveillance in Paris, 1739–47 », p. 202.

[109] Merrick, « Patterns and Concepts », p. 277‑278.

[110] Steven L. Kaplan et Vincent Milliot, « La police de Paris, “révolution permanente”? Du commissaire Lemaire au lieutenant de police Lenoir, les tribulations du Mémoire sur l’administration de la police (1770-1792) », dans Catherine Denys et Brigitte Marin, dir., Réformer la police : Les mémoires policiers en Europe au XVIIIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, paragr. 45‑46.

[111] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 182.

[112] Ravaisson Mollien, dir., Archives de la Bastille, p. 3.

[113] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 427.

[114] Jeffrey Merrick, « “Nocturnal Birds” in the Champs-Elysees: Police and Pederasty in Prerevolutionary Paris », GLQ: A Journal of Lesbian and Gay Studies, vol. 8, n° 3, 2002, p. 425‑432.

[115] Benabou, La prostitution et la police des mœurs, p. 184.

[116] Merrick, « Sodomitical Inclinations in Early Eighteenth-Century Paris », p. 292.

[117] Coward, « Attitudes to Homosexuality in Eighteenth-century France », p. 242.

[118] Merrick, « Patterns and Concepts », p. 275.

[119] Kaplan et Milliot, « La police de Paris, une “révolution permanente” ? », paragr. 52.