Joseph Zidi, Histoire et usages du nom Kongo. Essai d’interprétation onomastique, Paris, Éditions L’Harmattan, 2022, 159 p.

Méchal Gilmalik Mbani

Méchak Gilmalik Eliezer MBANI est candidat au doctorat d’histoire à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines de l’Université Marien Ngouabi en République du Congo sous la direction du professeur Georges MIEMBAON. Ses recherches portent sur l’histoire contemporaine de l’Afrique subsaharienne, principalement sur les périodes coloniale et postcoloniale.

Résumé

L’onomastique est la discipline des sciences du langage qui étudie les noms propres, leur origine, leur signification, leur évolution et leurs usages dans une société donnée. Dans cet ouvrage, Joseph Zidi se propose d’analyser la signification des termes kongo et Ntotila. L’objectif poursuivi par l’auteur est d’élucider cette double réalité, visible (historique) et invisible (l’énergique du sens), qu’incarne toute civilisation. Il s’agit non pas de raconter l’histoire de ce royaume, mais d’analyser les concepts opératoires qui rendent compte (de) ses fondements visibles et invisibles. Ces concepts sont : Kongo, Ntotila, Mbanza-Kongo.

Mots-clés : Onomastique, interprétation, Kongo, Ntotila, Mbanza-Kongo

 

Histoire et usages du nom Kongo. Essai d’interprétation onomastique

Joseph Zidi, Histoire et usages du nom Kongo. Essai d’interprétation onomastique, Paris, Éditions L’Harmattan, 2022, 159 p.

L’onomastique est la discipline des sciences du langage qui étudie les noms propres, leur origine, leur signification, leur évolution et leurs usages dans une société donnée. Dans cet ouvrage, Joseph Zidi se propose d’analyser la signification des termes kongo et Ntotila. Onomasticien, Joseph Zidi est professeur titulaire d’histoire et civilisations africaines à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines de l’université Marien Ngouabi en République du Congo. Membre du Laboratoire d’Anthropologie et d’Histoire il s’est spécialisé dans les études sur la civilisation kongo et la traite négrière. Il est par ailleurs auteur de plusieurs publications, dont Brazzaville : mutations des codes du vécu quotidien, paru en 2023 aux Éditions Esibla, et Historiographie de la traite négrière. Faits, sociétés et mémoires, paru en 2022 aux Éditions l’Harmattan. En 2005, il soutient un mémoire de maîtrise sur Onomastique et histoire du terme kongo, ce qui explique son intérêt pour ce champ reconnu désormais comme une science auxiliaire à l’histoire. L’onomastique peut être définie comme une démarche d’analyse du nom Kongo visant à comprendre son origine, ses significations multiples, ses transformations historiques et ses usages sociaux, politiques et symboliques. Chez Joseph Zidi, l’onomastique est l’étude du « nom comme fait de civilisation » : le nom Kongo est envisagé non seulement comme une désignation, mais un vecteur de sens, de mémoire et représentation du réel, révélateur de l’histoire et de la pensée des sociétés Kongo. Dans cet ouvrage, l’onomastique ne se limite pas à l’étude linguistique du nom Kongo; elle devient un outil d’interprétation historique et culturelle.

Dans l’introduction de son ouvrage, Joseph Zidi précise son objet : « En nous proposant d’analyser la signification des termes kongo et Ntotila, l’objectif poursuivi est d’élucider cette double réalité, visible (historique) et invisible (l’énergique du sens), qu’incarne toute civilisation » (p. 27). Il s’agit non pas de raconter l’histoire de ce royaume, mais d’analyser les concepts opératoires qui rendent compte (de) ses fondements visibles et invisibles. Ces concepts sont : Kongo, Ntotila, Mbanza-Kongo (p. 17). Comme le précise Jean François Owaye dans la préface, l’objectif de l’auteur a été de les expliquer en tenant compte de leur comportement sociolinguistique (rapport langue-culture-société). Il s’est raisonnablement borné au niveau synchronique observable et au point de vue de ses personnes-ressources (p. 9). Ainsi, dans cet ouvrage, l’histoire du royaume Kongo est saisie à travers quatre chapitres.

Le premier chapitre intitulé Généralités sur l’onomastique donne un aperçu de la science des noms. Il présente succinctement chaque branche : toponymie, ethnonymie et anthroponymie, y compris leurs contributions à la connaissance de l’histoire. Au croisement de la linguistique, de la philologie, de l’archéologie, de l’anthropologie et de l’histoire, l’onomastique définit le rapport entre nom et récit (p. 17). Le deuxième chapitre intitulé Sens et symbolismes du terme kongo décrypte les nombreuses significations du concept kongo sous le prisme du nom du royaume. Il montre comment celui-ci innerve nombre de domaines (p. 17). Le troisième chapitre analyse le second segment du nom du royaume, Ntotila. Le Ntotila dans l’imaginaire kongo revient sur la construction du royaume de Kongo dia Ntotila dans l’espace et dans le temps. Ce concept (ntotila) donne au Kongo, jadis réalité locale, une dimension panethnique (p. 18). Ici, le terme Ntotila est examiné dans sa dimension matérielle (espace), politique (titre royal) et métaphysique (utopie et transcendance). Le quatrième chapitre de cet ouvrage, Toponymie des lieux de mémoire de Mbanza-Kongo (capitale du royaume de Kongo dia Ntotila), traite de la question des origines de Mbanza-Kongo, son évolution spatio-temporelle et son influence sur l’organisation sociopolitique du royaume Kongo (p. 20). Ceci pour ainsi dire que, dans la conscience collective kongo, cette ville est restée dans le cordon ombilical qui relie toutes les générations passées et futures, ce dont tout Ne Kongo se souvient, le lieu idéal, symbole de la paix et de la transcendance.

En définitive, Histoire et usages du nom Kongo est un essai riche et original qui redéfinit notre compréhension du terme Kongo en le replaçant au centre de dynamiques historiques, culturelles et symboliques. Il ouvre des pistes de réflexion fécondes pour les disciplines de l’histoire, de l’anthropologie, de l’onomastique et des études africaines en général. Le souci de l’auteur en écrivant cet ouvrage est d’éviter de tomber dans un discours attaché à la révérence et à la connivence d’un passé souvent apologique. Joseph Zidi apporte plusieurs contributions importantes : plutôt que de se cantonner à une histoire politique ou ethnolinguistique classique, l’auteur met en lumière comment un nom structure la pensée, l’identité et l’espace social.  Il renouvelle la lecture du Kongo en l’approchant comme une catégorie de sens, à la fois concrète et symbolique. Le changement d’échelle du terme du clan à une identité politique composite est analysé avec rigueur. En sous-titrant son ouvrage « essai d’interprétation onomastique », Joseph Zidi cherche « certainement à nous avertir du caractère essentiellement initiatique de sa recherche » ou du moins à « faire sens au livre pionner du professeur Abraham Constant Ndinga Mbo, Onomastique et histoire au Congo-Brazzaville, 2004, Paris, Éditions l’Harmattan ». Un regret est toutefois à signaler : la concentration de l’étude onomastique sur la civilisation Kongo. L’étude gagnerait en profondeur en associant d’autres peuples (les téké par exemple) à partir d’une approche comparative dans le même espace. Ce qui, au-delà des similarités, permettrait de découvrir d’autres « aspects méconnus de l’histoire Kongo par l’onomastique ». Lucien Niangui Goma, dans son mémoire de DEA d’histoire intitulé L’onomastique téké-lali sur l’espace Beembe du district de Mouyondzi, a entrepris son étude à partir de cette approche.

Références