Accoucher selon ses termes : femmes, sages-femmes et reconquête du corps au Québec (1970-1999) – Un regard sur le projet-pilote de la Maison de la naissance de l’Estrie

Florence Trigaux

Candidate à la maîtrise en histoire de l’Université de Sherbrooke

Résumé

Ce projet s’intéresse à la légalisation de la profession de sage-femme au Québec entre 1970 et 1999. La problématique centrale porte sur la manière dont le parcours de reconnaissance des sages-femmes, notamment à travers le projet-pilote de la Maison de naissances de l’Estrie, reflète les tensions entre autonomie des femmes et normes médicales institutionnalisées. Historiquement, l’accouchement « alternatif », c’est-à-dire peu interventionniste, était la norme avant d’être progressivement remplacé par une médicalisation croissante qui centralise les naissances en milieu hospitalier et redéfinit la maternité comme un processus pathologique nécessitant supervision et contrôle médical. Dans les années 1970, sous l’influence des mouvements féministes et des critiques de la surmédicalisation, certaines femmes revendiquent un accès légal et sécurisé aux services des sages-femmes et cherchent à réhabiliter des pratiques moins interventionnistes. Mon hypothèse suggère que le processus de légalisation traduit une volonté des femmes de reprendre le contrôle de leur maternité et de contester les normes hospitalières dominantes. À partir de l’analyse d’entrevues menées auprès de sages-femmes pionnières et d’une « sage-femme dans l’âme » impliquée dans la mise en place du projet-pilote de la Maison de naissances de l’Estrie, ce travail contribue à l’histoire des professions de soins et à l’histoire des femmes.

 

Introduction

Dans la première moitié du XXe siècle, la maternité au Canada est associée à une vision nationaliste marquée par la crainte de la dénatalité ; dans la seconde, elle devient l’expression d’une volonté d’inscrire le Québec dans une ère « résolument moderne ». En effet, résultant des deux guerres mondiales, les traumatismes entourant la proximité avec la mort se transposent sur les enfants ; on craint et on dénonce la mortalité infantile[1]. Cette dernière est qualifiée à l’époque de véritable fléau dont les mères incarnent les principales responsables en raison de leur ignorance des soins à prodiguer aux enfants[2]. La lutte contre la mortalité infantile devient, en effet, un levier stratégique pour justifier l’intervention croissante des médecins dans la vie des femmes. Selon Denyse Baillargeon, cette médicalisation prend appui sur une rhétorique associant le devoir maternel à un impératif de santé publique et de survie nationale[3]. Ce tournant s’inscrit aussi dans la montée de l’hygiénisme, un courant médical et social qui, dès le XIXᵉ siècle, mais de manière plus importante à partir de l’après-guerre, valorise la prévention et la diffusion de règles sanitaires pour améliorer la vitalité des populations. Obstétriciens, pédiatres et hygiénistes publient alors en grand nombre des manuels et des articles prodiguant des conseils sur la grossesse, l’accouchement, l’allaitement ou encore les soins aux nourrissons. En faisant de la maternité l’un des pivots de la santé publique, l’hygiénisme contribue à légitimer l’encadrement médical des femmes et de leurs enfants[4].

À travers des initiatives comme les Gouttes de lait, d’abord des lieux de distribution de lait sain avant de devenir des cliniques de puériculture dont la visée est l’encadrement médical de la maternité, les femmes sont non seulement encouragées à consulter des médecins de manière régulière, mais également soumises à un discours moralisateur[5]. Si la contribution des Gouttes de lait à la réduction des contaminations est indéniable, elle s’accompagne toutefois d’un discours qui, décrivant fréquemment les mères comme ignorantes ou négligentes, leur assigne une responsabilité nationale : celle d’incarner des éducatrices exemplaires et des gardiennes de la nation. Paradoxalement, cette vision contribue à un contrôle accru du corps et de l’esprit des femmes. D’abord, sur le plan psychique, la maternité est définie par une idéologie du dévouement et du sacrifice, conçus à la fois comme naturels chez une mère « normale » et comme garants de son bonheur[6]. Ce discours a contribué à poser la mère comme personnage central de la famille[7]. Ensuite, sur le plan physique, il importe de rappeler que le processus de médicalisation de la maternité ne naît pas au XXᵉ siècle, mais qu’il s’inscrit dans une dynamique amorcée dès le XVIIIᵉ siècle. Comme l’a montré Londa Schiebinger, les planches anatomiques de cette époque accentuent volontairement les proportions du bassin féminin, confirmant ainsi la « nature » procréatrice des femmes et renforçant, pour reprendre l’expression de Thomas Laqueur, la « fabrique du sexe » et l’ancrage d’un dimorphisme biologique et social. Parallèlement, les pratiques hospitalières, du rasage et des lavements aux premières tentatives de déclenchement artificiel du travail, révèlent la volonté croissante des médecins d’encadrer, voire de réguler, un événement jusque-là considéré comme naturel. Ces gestes, parfois stériles au sens d’inutiles, traduisent néanmoins une double ambition de contrôle et de confort qui deviendra caractéristique de l’accouchement médicalisé. Ainsi, la figure du médecin acquiert progressivement une autorité décisive dans la prise en charge de la maternité, préparant le terrain à l’expansion de son influence au XIXᵉ et surtout au XXᵉ siècle[8]. Les chiffres sont probants : la chute de la mortalité infantile à partir des années 1930 témoigne de l’efficacité des cliniques de puériculture. Dans ce contexte, il devient de plus en plus admis que « c’est au médecin seul qu’il appartient de décider […] » des questions liées à l’allaitement, à l’alimentation infantile et à l’accouchement[9]. Ces dimensions de la maternité, désormais médicalisées, requièrent un suivi jugé indispensable par les médecins. Les femmes se voient ainsi assigner le rôle d’élèves face à la science médicale, laquelle prétend leur enseigner la « bonne » manière d’être mère[10] et de retrouver leur « nature féminine »[11].

Mon projet s’inscrit dans ce contexte de montée de l’hygiénisme et de l’autorité médicale qui conduit les mères québécoises, à la fin des années 1960, à consulter un médecin dès le début d’une grossesse et à accoucher, dans 99 % des cas, à l’hôpital. Comme le souligne Hélène Laforce, le passage de l’accouchement à la maison, accompagné par d’autres femmes, à un contexte interventionniste[12] et hygiénique au sein de l’hôpital s’explique par le fait que de 1840 à 1920, le Collège des médecins, en faisant pression sur le gouvernement, incite « à légiférer en sa faveur et à mettre les médecins en position de force face aux charlatans (lire ce terme dans son sens large) »[13]. Dans la catégorie « charlatans », on dénombre notamment les sages-femmes. Ces figures, presque tombées dans l’oubli durant les années 1960[14], subissent bien des contrecoups, allant de la promotion par les médecins de la sécurité de l’hôpital à la réglementation de la pratique sage-femme par différentes lois médicales[15]. Ces événements poussent la profession dans des marges « alternatives » à mesure que le processus de naissance se transforme sous l’effet des normes institutionnelles et médicales[16]. Comme l’a montré Andrée Rivard, les récits entourant l’accouchement sont longtemps demeurés marqués par une forme de dolorisme culturel[17], c’est-à-dire une représentation intériorisée qui associe la maternité à la souffrance et qui contribue à normaliser la douleur comme expérience incontournable. Avant 1940, la pudeur entourant l’accouchement faisait en sorte que l’on n’en parlait guère en dehors du cercle intime, sauf lorsqu’il s’agissait d’expériences « hors normes », particulièrement douloureuses ou inusitées. Cette mémoire sélective a façonné les perceptions des générations suivantes : pour les femmes des années 1970-1980, les récits maternels associaient l’accouchement à domicile à des douleurs insupportables et à des risques élevés, tandis que l’hôpital apparaissait comme un lieu de sécurité et de progrès. Les sages-femmes, pour leur part, étaient alors perçues comme les vestiges d’une pratique révolue, en décalage avec la modernité médicale. Cette intériorisation du récit de la douleur a contribué à circonscrire les horizons d’attente des femmes, pour qui l’accouchement hospitalier constituait le seul scénario envisageable dans le cadre du système de santé québécois de l’époque[18].

Les dynamiques entourant la naissance ne se déploient pas de manière uniforme à l’échelle du Québec : elles se déclinent différemment selon les régions. L’Estrie constitue à cet égard un observatoire privilégié en raison de son réseau hospitalier bien développé et rattaché à l’institution universitaire. Par l’émergence de réseaux communautaires actifs, cette région devient dans les années 1970 un lieu fécond pour la remise en question de l’hégémonie médicale sur la naissance. C’est dans ce contexte spécifique qu’apparaît le projet-pilote de la Maison de naissance de l’Estrie, qui permet d’étudier de manière concrète les tensions et les négociations entourant la reconnaissance des sages-femmes[19].

À la suite de ce long préambule toutefois nécessaire pour saisir « ce contexte d’industrialisation et de grande médicalisation de la mise au monde »[20], il convient de s’interroger sur la question suivante : comment le parcours pour la reconnaissance (légale) des sages-femmes, notamment à travers le projet-pilote de la Maison de naissance de l’Estrie, reflète-t-il des enjeux plus larges liés aux dynamiques entourant le corps des femmes dans le Québec des années 1970 à 1999 ? Cette période constitue un tournant où, sous l’influence des mouvements féministes[21] et des critiques contre la (sur)médicalisation, les femmes revendiquent leur autonomie décisionnelle et corporelle par le biais de leur expérience de la maternité[22]. Influencées par un article de la revue Châtelaine, « Tu es née dans notre lit » (1976)[23], qui diffuse l’idée de l’accouchement à la maison, ainsi que par un mouvement de remise en question des soins entourant la maternité à partir des années 1970, certaines Québécoises demandent « l’accès à des services de sage-femme, légaux et gratuits, […] »[24]. En me concentrant sur le pilotage de la Maison de naissance de l’Estrie, l’intention est de comprendre comment ce processus reflète des tensions plus larges entre autonomie féminine et normes médicales institutionnalisées.

Mon hypothèse suggère que la reconnaissance légale de la profession porte en son sein la volonté grandissante des femmes de reprendre leur autonomie sur leur expérience de maternité et d’accouchement, tout en contestant les normes hospitalières dominantes. Ainsi, ce parcours relève non seulement de différends entre les modèles de soins, mais aussi d’un conflit plus fondamental sur l’autonomie des femmes dans la gestion de leur corps et de leur santé reproductive. La trajectoire des sages-femmes devient le parcours de plusieurs femmes, puisque de manière intersubjective, la pratique, dans son essence, se veut une réponse aux besoins des femmes.

Les années 1970 sont déterminées comme point de départ de la recherche pour trois raisons. D’abord, au lendemain de la création du Régime de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), en 1969, la santé s’institutionnalise tout à fait : l’administration publique gère maintenant l’admissibilité des personnes au régime, contrôle la rémunération des professionnels de la santé et facilite l’accès aux soins de santé pour celles et ceux qui y sont inscrits. Ensuite, cette période s’inscrit dans le contexte de la révolution sexuelle, laquelle vient questionner la réalité des sexualités non procréatrices, l’égalité entre les sexes, la contraception et l’avortement ; débats soutenus par les mouvements féministes issus de ces mêmes années[25]. En dernier axiome, cette époque est également celle où la profession sage-femme semble réémerger, du moins commence-t-elle à laisser des traces dans la sphère publique[26]. L’année 1999, quant à elle, introduit la légalisation de la profession sage-femme après la démonstration de l’efficience et des bienfaits des Maisons de naissance dans sept régions différentes du Québec[27].

Bilan historiographique

Les études des années 1980, des monographies tantôt sur la place de la médecine dans la société, tantôt sur le rapport des femmes avec cette dernière, s’inscrivent comme des résultantes de la révolution sexuelle des années 1970. L’esprit féministe associé à la réappropriation de leur corps par les femmes est largement évoqué[28]. Suivant la trame de l’élévation majeure de la crédibilité et du pouvoir du Collège des médecins depuis sa création en 1847, l’historienne Hélène Laforce offre une étude spécialisée sur le sujet des sages-femmes[29]. Sa contribution réside dans la reconstitution de l’univers de l’accouchement à partir des registres paroissiaux. L’historienne retrace ainsi l’évolution de la naissance et son passage d’un événement communautaire et féminin à une pratique progressivement encadrée par les sages-femmes reconnues, voire institutionnalisées. Rich, Knibiehler et Fouquet, avant elle, élaborent respectivement les concepts de la domestication de la maternité[30] et ceux de l’hygiène et de la médicalisation[31]. L’accent est mis sur la déconstruction d’un « instinct maternel » propre à toutes les femmes[32]. Les repères de la maternité s’en trouvent bouleversées[33]. Sont dénoncées à la fois l’attribution aux femmes de la responsabilité exclusive des enfants et l’idée que la maternité découlerait naturellement d’une dévotion innée, sous peine d’être jugée « anormale ». Or, cette représentation de la nature féminine comme patiente et dévouée n’a pas empêché les hommes « savants » de déposséder les femmes de leur rôle dans l’accouchement, y compris celles qui en étaient expertes par leur expérience[34].

Dans les années 1990-2000, les revendications formulées au cours des décennies précédentes se traduisent par la mise en œuvre d’un cadre légal encadrant la profession de sage-femme. Denyse Baillargeon retrace en amont les fondements de cette évolution dans sa monographie consacrée à la médicalisation de la maternité entre 1910 et 1970, un ouvrage qui dresse un bilan substantiel de ce long processus[35].

De 2010 jusqu’à aujourd’hui, les expertes ont maintenant un pas de recul sur les projets-pilotes. Elles viennent entre autres questionner à nouveau la place importante de la médecine concernant la périnatalité et discerner l’espace d’agentivité des femmes sur leur grossesse et leur accouchement. Dans un ouvrage où elle s’intéresse au parcours historique des sages-femmes, Céline Lemay, elle-même sage-femme et professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières, nous renseigne sur le sens de la profession, le regard porté sur le corps des femmes et invite plus largement à regarder la profession du point de vue des sages-femmes[36]. La notion de « suivi global » est abordée[37] ; opposée encore une fois à la pathologisation de la maternité, à la (sur)médicalisation de l’accouchement[38], à l’encadrement exclusivement médical de la naissance[39]. Certaines recherches sur les projets-pilotes[40] mettent en évidence la manière dont le système biomédical élargit la définition de l’intervention préventive par rapport à l’intervention curative[41], en anticipant ou en surveillant des événements qui ne seraient pas nécessairement problématiques. Pour certaines femmes, cette approche peut donner l’impression que leur accouchement est « volé », réduisant leur autonomie et leur expérience personnelle de la naissance[42]. Tout un pan de la recherche est également axé sur la réalité actuelle, où l’accès aux sages-femmes n’est pas généralisé, malgré l’intérêt croissant des femmes pour un autre modèle de soins périnataux que ceux proposés par les institutions médicales. Le manque d’informations véhiculées et les enjeux de pouvoir sont dénoncés[43]. L’historienne Andrée Rivard nous rappelle que le parcours pour une (ré-)humanisation de la naissance vient tout juste d’être entamé[44].

Ainsi, dans cette trame narrative certes non exhaustive, les historiennes et expertes ont interprété et analysé les enjeux de la sage-femmerie en tenant compte du contexte social, politique et institutionnel de leur époque, parfois, du moins il est possible de le supposer, dans l’urgence des revendications entourant la profession au Québec. Comme nous l’avons vu, la première moitié du XXe siècle a largement été étudiée, faisant ressortir le passage d’un accouchement à domicile, souvent pris en charge par des femmes de l’entourage dont le savoir reposait sur l’expérience répétée des naissances, à une médecine biomédicale exclusive. Cette transition s’accompagne, dans les années 1970, d’une résurgence de la profession sage-femme, perçue alors comme une réponse à un besoin sociétal, particulièrement du côté des femmes et futures mères. Ce bilan s’est peu penché sur les études de la contre-culture qui peuvent être associées au mouvement de retour de la profession. Nous y reviendrons dans la recherche.

Face à cet état de la question, il semble pertinent d’approfondir la compréhension de l’enjeu de la légalisation de la profession sage-femme en allant directement interroger des actrices de ce mouvement. Cet article propose d’apporter au débat les témoignages de deux sages-femmes pionnières du retour de la profession au Québec et d’une instigatrice de la mise sur pied de la Maison de naissances de l’Estrie (anciennement Centre de maternité de l’Estrie).

Présentation critique du corpus de recherche et de la méthodologie[45]

C’est grâce à un contact précieux établi avec une amie travaillant à la Maison de naissance de l’Estrie que s’est amorcée la recherche. Cette relation m’a permis d’entrer en contact avec Jeen Kirwen. Jeen m’a elle-même transmis une liste de femmes ayant œuvré à la légalisation de la pratique sage-femme au Québec. J’ai pris contact avec deux d’entre elles par l’application Messenger de la société Facebook, soit Lyne Castonguay et Céline Lemay.

Le corpus se compose ainsi de trois entretiens réalisés avec ces femmes ayant activement contribué à l’évolution de la pratique sage-femme au Québec. Ma première rencontre était avec Céline Lemay. L’entrevue, réalisée à distance en raison de notre éloignement physique, a duré 1 h 30. Sage-femme de 1978 à 2017, l’interviewée est docteure en sciences humaines appliquées et professeure en pratique sage-femme à l’Université du Québec à Trois-Rivières, la seule institution au Québec à offrir ce programme. Céline était toute désignée pour apporter son témoignage en raison non seulement de son expertise en tant que sage-femme, mais également comme experte de la question de la légalisation de la profession. Elle a œuvré dans la Maison de naissances de Pointe-Claire.

La seconde rencontre s’est déroulée dans la maison de Jeen Kirwen, sage-femme pionnière au Québec. D’origine écossaise, Jeen commence sa pratique dans les années 1970, formée par Curtis Lowry, un médecin de campagne dont elle garde un souvenir chaleureux. Elle contribue activement à la légalisation de la profession. D’une durée de 1 h 15, l’entretien était pertinent pour aller au cœur du processus de reconnaissance de la profession. Jeen a œuvré dans la région de l’Estrie.

La dernière entrevue s’est également réalisée au domicile de notre témoin. Lyne Castonguay et moi avons échangé pendant 2 h. Sa contribution, faite de nuances et de points de vue personnels face au vécu de la légalisation de la profession, permet d’enrichir la question de la sage-femmerie dans les trois dernières décennies du XXe siècle, tout en apportant des perspectives comparatives avec la situation actuelle. Lyne est une figure de proue du mouvement pour la légalisation. Elle est également l’autrice d’un livre dédié à la vie de Jeen Kirwen[46] – sage-femme pour qui elle a travaillé et qui l’a grandement inspirée. Elle a été l’une des principales responsables de l’implantation du projet-pilote de Maison de naissances en Estrie.

L’un des principaux avantages de ce corpus réside dans l’accès direct à des témoignages de sages-femmes et d’expertes ayant vécu au cœur de projets-pilotes pour la légalisation de la pratique sage-femme au Québec. Les entretiens offrent une perspective intime et détaillée sur les défis institutionnels, légaux et sociaux auxquels ces femmes ont été confrontées. Ces récits sont d’autant plus précieux qu’ils proviennent de celles qui ont contribué à la structuration de la profession et à l’évolution des Maisons de naissance au Québec.

Cependant, plusieurs limites doivent être soulignées. Tout d’abord, le nombre restreint d’entretiens, bien qu’il offre une vue intéressante, ne permet pas de brosser un portrait exhaustif des dynamiques sociales et politiques de cette période. En outre, les témoignages se concentrent principalement sur les expériences des militantes les plus visibles, sans nécessairement donner voix à des femmes moins médiatisées ou aux pratiques des Maisons de naissance dans d’autres régions du Québec. De plus, même si les entretiens gagnent en cohérence grâce à la collaboration et à la proximité entre Jeen Kirwen et Lyne Castonguay, cette relation pourrait néanmoins restreindre la diversité des perspectives. L’une des participantes, Céline Lemay, n’ayant pas travaillé sur la question de la légalisation en Estrie, pourrait aussi être moins directement liée aux spécificités régionales de cette Maison de naissance. Toutefois, son expérience au sein de la Maison de naissance de Pointe-Claire offre des éléments de comparaison pertinents.

Les entretiens ont été réalisés sous forme d’entrevues semi-dirigées, avec une structure fluide où les réponses menaient de manière naturelle à des questions supplémentaires ou tout simplement devançaient le questionnaire. Le plan d’entrevue s’organise en six sections principales :

D’abord, le contexte et le parcours personnel visent à comprendre le rapport de chaque participante à la pratique sage-femme et à définir sa formation. Les questions incluaient par exemple : « Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir cette profession, surtout dans un contexte où la sage-femme n’était pas encore reconnue légalement au Québec ? » Ensuite, la légalisation de la profession dont l’objectif était d’explorer les étapes clés menant à la reconnaissance légale de la profession sage-femme. Des questions comme : « Comment s’est forgée l’identité professionnelle au sein du groupe de praticiennes ? », ou encore, « Comment s’est déroulé le processus vers la reconnaissance légale de la profession ? » ont été posées. Pour sa part, la section sur les Maisons de naissance se concentrait sur la structure et le processus de mise en place de ces dernières, en particulier sur celle de la Maison de naissance en Estrie. L’intention était d’aborder les défis rencontrés et les moyens mis en œuvre pour faire aboutir ce projet.

Par après, la section du plan d’entretien consacré aux modèles de soins venait explorer les différences entre la pratique des sages-femmes et celle des médecins. Des questions comme : « Comment les Maisons de naissance ont-elles contribué à redéfinir les soins périnataux dans la région de l’Estrie et au Québec ? » ont été abordées. Puis, l’accent sur les femmes et les structures de pouvoir. Le but était de comprendre les différences de rapport au corps et à la grossesse selon les modèles des sages-femmes et des médecins. Une question pour illustrer l’intention serait celle-ci : « Avez-vous observé chez les femmes venant accoucher à la Maison de naissance une volonté particulière ? » Enfin, la dernière section s’inscrivait dans une sorte de bilan de l’échange. La visée était d’ouvrir la discussion pour recueillir les idées des participantes au-delà des questions préétablies ; par exemple : « Avez-vous des recommandations ou des réflexions pour les futures chercheuses intéressées par l’étude de la profession sage-femme au Québec ? » Elle visait aussi à identifier les éléments que les participantes souhaitent transmettre aux futures générations de sages-femmes et de femmes intéressées par ce sujet.

Résultats de recherche : analyse du contenu des entrevues réalisées

Les motivations et le parcours des témoins

Depuis le début du XXe siècle, nous l’avons vu, le Québec connaît des fluctuations importantes dans sa conception de la maternité et de l’accouchement, marquées par des tensions entre la médicalisation et la réappropriation du corps et du pouvoir décisionnel des femmes[47]. Le projet-pilote de la Maison de naissance de l’Estrie illustre ces dynamiques, tandis que les témoignages oraux des pionnières apportent un éclairage précieux sur les différents enjeux ayant façonné la légalisation de la pratique sage-femme.

Il semble, à la lumière des témoignages recueillis, que le premier moteur de la reconnaissance (légale) des sages-femmes réside dans les convictions personnelles et les expériences transformatrices vécues par des femmes qui vont devenir, par la force des choses, des sages-femmes. Jeen évoque ainsi l’émerveillement de son propre accouchement, qu’elle décrit comme une révélation : « My god ! […] c’était glorieux, extraordinaire. Donc après je me suis dit : les femmes ont le droit de savoir que ça existe. »[48] Céline, de son côté, témoigne d’une vocation presque instinctive : « J’ai accepté d’être sage-femme. […] [C]’est un appel. »[49] En effet, faute d’un cursus établi avant la légalisation, la décision de devenir sage-femme relevait davantage d’un élan viscéral que d’un choix réfléchi[50].

Cette dimension intuitive et militante s’accompagne d’une volonté de réinventer les pratiques de la maternité. Les sages-femmes se sont efforcées de transformer les aspects du système médical qui les avaient « déçues ou meurtries »[51]. En s’appuyant sur une vision holistique et une valorisation d’un accompagnement centré sur la confiance en la femme, elles incarnent une réappropriation des expériences de naissance, contribuant ainsi à redéfinir le rôle des femmes dans les dynamiques entourant leur corps et leur santé. Pour illustrer la différence entre l’accompagnement en milieu hospitalier et l’accompagnement par des sages-femmes, docteure Lemay souligne que selon elle, la seule différence qui existe entre le médecin et elle en tant que sage-femme, « c’est que par rapport au même processus [l’accouchement], c’est qu’il y en a qui voient le verre à moitié vide, pis moi [Céline] je le vois à moitié plein. That’s it. La réalité est la même, mais ma base, c’est que c’est bien fait. C’est, comme dirait l’autre, plus de 100 000 ans de succès évolutif. »[52]

L’organisation et la structuration professionnelles

C’est ainsi que les sages-femmes commencent à s’organiser et entament leur parcours vers la reconnaissance de leur pratique. Les témoignages révèlent une dynamique d’autonomie et de collaboration. Jeen décrit comment « on se rencontrait, puis on partageait. Puis là, on se formait. »[53], tandis qu’elle et d’autres assemblent leur propre matériel médical, souvent en se fournissant directement auprès de compagnies à Montréal[54]. Ces pratiques témoignent d’un apprentissage autodidacte, circonscrit dans les marges. En effet, le savoir des sages-femmes ne se limite pas au biomédical, même s’il en intègre certains principes. Il se construit aussi à partir de savoirs expérientiels et disciplinaires qui évoluent en interaction avec les femmes accompagnées[55]. Ce parcours, décrit comme une quête personnelle et collective, mène à la formation de réseaux où les sages-femmes structurent leurs pratiques et réfléchissent à leur identité professionnelle[56]. C’est à travers ces réseaux, et grâce à la circulation de leurs savoirs et de leurs expériences, que les sages-femmes acquièrent progressivement une visibilité nouvelle dans l’espace public. Celle-ci leur permet de collaborer avec les institutions, de contribuer aux démarches gouvernementales et de revendiquer leur place dans le système de santé québécois[57]. Elles établissent progressivement des normes de pratique et des mécanismes de soutien professionnels, contribuant ainsi à légitimer leur rôle et à façonner une profession reconnue[58].

Si la résistance institutionnelle à la reconnaissance des sages-femmes au Québec est manifeste dès les premiers mouvements de résurgence de la profession dans les années 1970, des soutiens localisés et des collaborations individuelles nous sont révélés par les témoignages. Céline témoigne de l’opposition du Collège des médecins, particulièrement sous la présidence d’Augustin Roy : « C’était horrible ! Il ne voulait pas [le Collège des médecins] »[59]. Ce refus s’est traduit par un « lobby » vigoureux contre l’intégration des sages-femmes dans le système médical, accompagné d’appels explicites à ne pas collaborer avec elles[60]. Cependant, sur le terrain, certains médecins ont adopté une attitude plus nuancée. Céline évoque des échanges constructifs avec des médecins, qui pouvaient prodiguer des conseils et reconnaître le savoir-faire des sages-femmes[61]. Lyne, quant à elle, souligne la collaboration particulière dans la région de l’Estrie, où deux groupes de médecins affirment avoir appris des sages-femmes[62].

L’humanisation de la naissance et ses limites

La renaissance des sages-femmes au Canada implique effectivement une redéfinition radicale de la naissance, perçue comme une pathologie nécessitant une intervention hospitalière plutôt que comme un événement familial et communautaire[63]. En effet, les témoignages mettent de l’avant le changement qui s’opère grâce à des alliances entre sages-femmes, parents, et certains médecins solidaires, illustrant un mouvement social en faveur de la dépathologisation et de l’humanisation de la naissance.

Cette quête pour une naissance « humanisée » a cependant rencontré des obstacles, comme révélé dans une étude d’Hélène Vadeboncoeur dans les années 1980-1981. Celle-ci conclut à une humanisation partielle et conditionnelle, reflétant des rapports de pouvoir persistants entre les professionnels de la santé et les femmes.[64].

Les témoignages soulignent à maintes reprises l’effervescence des années 1970 quant aux questions sur la figure de sage-femme au Québec : « Mais dans le temps que ça a commencé, il y avait beaucoup de publicités, il y avait des articles dans les journaux. Les sages-femmes étaient interviewées. Elles étaient connues par les médias. Donc le public faisait un genre d’éducation à travers nous. »[65] On souligne également l’importance des colloques Accoucher ou se faire accoucher qui sont venus supporter la cause sage-femme dans les années 1980[66]. Ces colloques sont une étape majeure du parcours pour la légalisation. Sous la bannière de l’humanisation des soins, les sages-femmes militent en faveur de la création de chambres et de maisons de naissance pour poursuivre le parcours vers l’officialisation de leur pratique[67].

La légalisation s’inscrit dans un système de santé dominé par un paradigme hospitalo-centré et médico-centré. Si cette médicalisation repose sur une culture marquée par la peur et la perception constante du danger, elle s’explique aussi par les avancées médicales qui ont contribué à réduire la mortalité des femmes en couche et la mortalité infantile[68]. Ces éléments reflètent une dynamique où l’hôpital et la médecine moderne deviennent les garants de la sécurité et de la pertinence sociale des pratiques de santé. Cependant, avant leur intégration officielle, plusieurs sages-femmes acquièrent une reconnaissance non pas par leur affiliation à des institutions professionnelles, mais grâce à leurs compétences pratiques et à leur réputation[69]. Le conflit paradigmatique devient évident.

Plusieurs facteurs viennent nuire à la reconnaissance. Différence de paradigme, lutte inter-professionnelle, crainte de l’inconnu et peur de la baisse de clientèle viennent créer des trous dans la voile qui porte le mouvement à l’époque[70]. Par ailleurs, les témoignages soulèvent une nuance quant à la légalisation. Bien qu’apparue comme une victoire sociale, elle entraîne également une tension interne liée à la médicalisation de la profession : « On savait que dès qu’on signait, on allait être sous la loupe du système médical, d’un système qui considère la naissance comme une pathologie. »[71] Cette évolution « affolante », aux yeux de plusieurs praticiennes, montre comment l’intégration au système officiel compromet les principes fondateurs des sages-femmes, notamment leur approche holistique et centrée sur les femmes. La reconnaissance professionnelle a toutefois permis de confirmer une pertinence sociale et de répondre aux attentes d’une société en quête de sécurité et de modernité dans les soins de maternité[72].

Le parcours pour la reconnaissance repose sur des valeurs propres à la profession, notamment dans le rapport entre les sages-femmes et les femmes qu’elles accompagnent : « Moi, ma vision, c’est vraiment que ça soit égale à égale. »[73] L’approche vise à respecter la volonté des femmes et à favoriser leur autonomisation : « La sage-femme a un rôle de soutien et un rôle de présence. L’important est de mettre les outils au profit de l’expérience que cette femme-là voulait vivre »[74]. L’éthique non autoritaire des sages-femmes repose sur la confiance, le soutien et la réciprocité[75]. Cette démarche permet non seulement de valoriser les savoirs des femmes elles-mêmes, mais aussi de remettre en question les discours biomédicaux centrés sur le risque et la mort[76]. En fin de compte, les valeurs fondamentales de la profession sage-femme transcendent la simple assistance médicale. Elles impliquent une reconnaissance active de l’autonomie des femmes, une réflexion sur les enjeux sociaux et culturels de la maternité, et une contribution à la santé physique, mentale et sociale des familles[77]. Comme l’exprime Lyne Castonguay, le fondement du travail des sages-femmes peut se résumer en cette phrase : « Sage-femme, ça veut dire être avec la femme. »[78]

Le parcours pour la reconnaissance arrive à une sorte d’examen avec la création des premières Maisons de naissance en 1994. En effet, comme l’explique Jeen, l’élaboration des projets-pilotes a demandé des années de rencontres et de discussions, ce qui, bien qu’éventuellement fructueux, a laissé un sentiment mitigé chez les initiatrices du projet[79]. Ces projets-pilotes, prévus par la loi, n’équivalent pas à une reconnaissance professionnelle formelle des sages-femmes, mais permettent leur pratique dans un cadre limité[80]. Ce statut transitoire a, d’une certaine façon, retardé l’affirmation de la profession en tant qu’acteur légitime dans le système de santé.

Ce « compromis historique »[81] est le résultat de la forte résistance du corps médical et des pressions que ce dernier a réalisées sur le gouvernement. Dans les années 1980, le Canada est le seul pays industrialisé où la profession sage-femme n’est pas reconnue et intégrée au système de santé[82]. Les Maisons de naissance s’affichent ainsi comme un compromis pour expérimenter et s’assurer de la sécurité et de la pertinence de ces pratiques[83]. Ainsi, bien que représentant une avancée pour la reconnaissance des sages-femmes, les projets-pilotes laissent une empreinte ambiguë sur la profession. D’un côté, ils permettent d’intégrer les sages-femmes dans la sphère publique, et ce avec une marge de manœuvre conséquente : « Moi, j’ai adoré les projets-pilotes. On avait tout à prouver et on faisait comme on voulait. […] Il y avait une grande liberté ! »[84]

D’un autre côté, le cadre juridique et le paradigme biomédical latent font craindre la médicalisation de la pratique par les sages-femmes. Lyne avance même que « le système a engouffré cette pratique-là et la médicalise depuis son tout premier jour de légalisation. »[85] Ce modèle, unique au Québec parce que séparé physiquement des institutions médicales, reste toutefois mieux protégé de la médicalisation qu’ailleurs au monde.

La mise en place des projets-pilotes a mobilisé les sages-femmes dans une démarche proactive pour affirmer leur expertise et leur autonomie. Comme le rappelle Céline, des rencontres avec les autorités, telles que le sous-ministre, ont permis de défendre leur vision : « C’est nous qui parlons pour les sages-femmes »[86], insistant sur leur savoir-faire pratique et leur solidité organisationnelle. Cette approche est complétée par un cadre évaluatif rigoureux. Deux études majeures analysent les résultats des projets-pilotes : une étude de cas multiples et une étude de cohorte comparant 1000 femmes suivies en Maison de naissance à 1000 femmes suivies en milieu hospitalier[87]. Ces évaluations mettent en évidence une fréquence plus faible d’interventions comme les césariennes et les épisiotomies en Maison de naissance, tout en démontrant une sécurité comparable entre les accouchements à la maison et ceux à l’hôpital[88]. D’ailleurs, l’efficacité et la pertinence de la surmédicalisation des accouchements au Québec reste encore à démontrer[89].

Comme nous l’avons vu, le mouvement de réappropriation du corps féminin et de la maternité est au cœur des revendications portées par les femmes militantes dans les années 1970 et 1980. Ce processus s’articule autour d’un désir de réinvestir des expériences auparavant dominées par un regard médical souvent perçu comme aliénant. Certaines femmes portaient une philosophie affirmant que leur corps « savait quoi faire »[90], remettant ainsi en question les normes imposées par le modèle biomédical. Cette réflexion s’accompagne d’une critique féministe des structures médicales, considérées comme un instrument de contrôle du corps des femmes et de leur santé, au profit d’une autonomisation accrue[91].

Pour de nombreuses femmes, la grossesse et l’accouchement à la maison représentent un moyen de résister à la surmédicalisation et de retrouver une relation intime et émancipatrice avec leur corps : « Être enceinte, vouloir accoucher chez moi, c’était une appropriation d’un phénomène de santé. Ça m’appartient. »[92] Il devient majeur de replacer la femme au centre du processus de naissance, en opposition à la vision biomédicale qui tend à objectiver le corps maternel[93]. Les sages-femmes, en soutenant ces choix, participent à un mouvement d’autonomisation féminine qui permet aux femmes de mettre de l’avant leur capacité à décider et à agir en fonction de leurs propres besoins et désirs. Le concept de douleur, par exemple, n’est plus vu comme un élément à supprimer, mais comme un « guide » permettant aux femmes de se réapproprier leur accouchement[94]. Cette approche holistique valorise l’écoute, le respect et la capacité des femmes à vivre pleinement leur expérience de maternité.

L’histoire de la médicalisation de la naissance est marquée par une dynamique de pouvoir où les savoirs des femmes et des sages-femmes sont systématiquement disqualifiés au profit d’un savoir biomédical normatif[95]. Ce modèle, ancré dans une vision cartésienne du monde, érige le corps féminin comme une entité imparfaite nécessitant un contrôle constant. La dissociation entre la mère et le fœtus consolide cette dynamique en considérant ce dernier comme le « principal patient » de l’obstétrique[96]. À cela s’ajoute le rôle des professionnels et décideurs de la médecine, principalement des hommes jusqu’au début des années 1970, convaincus de détenir la clé de la lutte contre la mortalité infantile et promouvant de nouvelles normes touchant tous les aspects de la reproduction, dont la consultation régulière d’un médecin[97]. Par ailleurs, les soins obstétricaux restaient largement organisés selon la logique institutionnelle de l’hôpital, pensé comme un espace industriel où le temps de l’enfantement était réglé par les besoins du personnel médical, même si ce dernier pouvait, bien entendu, adopter des pratiques attentives et bienveillantes. Dans ce contexte, certaines femmes qui accouchaient vivaient un processus hautement personnel dans un espace et un temps qui ne leur appartenaient pas et qui n’avaient pas été conçus pour elles[98].

Ehrenreich souligne comment les normes liées à la maternité et à la sexualité féminine ont été progressivement déconstruites par les mouvements féministes, dénonçant l’accouchement « scientifique » comme une forme de misogynie institutionnelle[99]. Cette critique reste pertinente, même si l’expérience de l’accouchement a évolué au fil du temps : ce qui se pratiquait en 1950 n’est pas comparable à l’organisation des maternités en 2000. Néanmoins, on observe encore les conséquences de la surmédicalisation sur les corps et les expériences des femmes, par exemple à travers la multiplication d’interventions jugées nécessaires pour des raisons protocolaires, l’organisation des espaces et du temps selon les besoins de l’institution plutôt que ceux des femmes, ou encore la persistance d’une hiérarchie dans laquelle les femmes peuvent perdre la maîtrise de leur accouchement. Ces logiques contribuent à une surmédicalisation et à une expérience où le vécu des femmes n’est pas considéré, soulignant la persistance de dynamiques sexistes dans les pratiques obstétricales[100].

L’émergence d’un discours porté par les sages-femmes contribue à redéfinir les rapports de pouvoir autour de la naissance. En mettant en avant le respect de la physiologie féminine et l’humanisation des soins, elles ouvrent un espace de contre-pouvoir par et pour les femmes[101]. Ce processus d’autonomisation ne se limite pas à l’expérience individuelle de la naissance, mais s’inscrit dans une réflexion plus large sur les droits des femmes à disposer de leur corps et à définir leur propre expérience de la maternité.

La question des choix et de l’égalité occupe une place centrale. Les sages-femmes et les mères qu’elles accompagnent revendiquent une philosophie où le choix éclairé et l’autonomie sont valorisés comme des principes fondamentaux. Tous les témoignages recueillis font référence à maintes reprises à « cette solide croyance que la femme est capable de faire ses choix. »[102]. Cette conviction repose sur une critique fondamentale de la hiérarchie médicale, où les décisions sont souvent imposées à partir de protocoles standardisés. Marsden Wagner plaide pour une humanisation de la naissance en mettant l’accent sur l’idée que « la femme qui donne la vie est un être humain à part entière et non pas une machine, ni un simple réceptacle à bébé. […] C’est elle qui gardera le contrôle de son accouchement »[103].

La redéfinition des rapports de pouvoir et les rôles des sages-femmes

La médicalisation de la maternité transforme le corps des femmes en objet de surveillance constante et d’interventions systématiques. Cette vision médicale de la grossesse est fondée sur une logique de contrôle : « Il faut tout surveiller, il faut mesurer, […] »[104]. Si cette approche pouvait refléter une certaine défiance envers les capacités naturelles des femmes à mener à bien leur accouchement, elle s’inscrivait également dans une volonté d’améliorer la sécurité et les soins, illustrant le caractère souvent conflictuel de la pratique médicale à cette époque. Selon Jeen, ce modèle dépossède les femmes de leur pouvoir décisionnel, car « […] en général, c’est un médecin qui décide dans sa pratique. La femme, elle a pas vraiment le choix de comment ça va se passer »[105]. Cette dépossession découle d’une médicalisation excessive qui, sous prétexte de sécurité, pathologise un phénomène naturel en le soumettant à des normes rigides et techniques[106]. En réponse à cette dynamique, les sages-femmes adoptent une approche fondée sur la confiance dans les capacités des femmes et une vigilance respectueuse, plutôt qu’une surveillance intrusive. « C’est moi qui accouche là, puis je veux décider » exprime bien cette réappropriation du pouvoir par les femmes, soutenue par des sages-femmes qui répondent : « Ben oui, t’es capable ! »[107]

Dessureault observe que certaines pratiques médicales modernes, comme l’utilisation de l’anesthésie péridurale, bien qu’elles puissent réduire la douleur et répondre à un choix personnel, peuvent parfois être associées à une diminution de l’activité physiologique naturelle, par exemple dans la sécrétion d’ocytocine[108], lorsqu’elle est nécessairement remplacée ou supplémentée. Ces observations se reflètent dans les témoignages, où Céline questionne la nécessité d’hospitaliser « une mère en santé, avec un bébé en santé […] »[109]. Le cœur de la critique réside dans la question fondamentale : « À qui appartient le pouvoir de décision en ce qui concerne la grossesse, l’accouchement et la naissance de l’enfant ? » [110] Cette interrogation, au centre des débats sur la médicalisation, illustre la tension entre choix personnel et normes institutionnelles, et met en lumière l’importance pour les femmes de revendiquer un rôle actif dans leur accouchement[111].

Conclusion

En conclusion, cette démarche confirme l’hypothèse selon laquelle le mouvement de reconnaissance de la profession reflète une volonté croissante des femmes de reprendre le contrôle sur leur expérience de maternité et d’accouchement, tout en contestant les normes hospitalières et les logiques biomédicales dominantes. Toutefois, au fil de ma recherche, et particulièrement avec l’apport des témoignages, il m’est apparu nécessaire de recadrer le qualificatif « légale » entre parenthèses, car avant d’être légal, le mouvement semble davantage s’inscrire dans un parcours de reconnaissance mû par des convictions personnelles de femmes.

Les témoignages apportent une dimension humaine et émotionnelle. Qu’on parle des récits d’accouchement vécus comme des moments de « grande puissance personnelle »[112] ou de l’implication dans la cause sage-femme, faite de beaucoup de volontés de la part des pionnières, les récits illustrent comment les femmes se réapproprient leur corps et leur maternité, défiant les normes médicales qui les réduisent à des patientes passives. Cette perspective incarne ce que Monnais critique comme la tendance de la médecine moderne à dépersonnaliser les processus naturels en les considérant uniquement sous l’angle du contrôle technique[113].

Si les témoignages apportent une dimension humaine et émotionnelle, ils permettent également de mieux comprendre la pratique sage-femme dans sa réalité quotidienne pendant la période étudiée. Ils permettent également d’en retirer le caractère mystique qui lui est encore parfois associé aujourd’hui. Les femmes interrogées expliquent clairement le travail de sage-femme qui repose essentiellement sur la « confiance dans les femmes et dans la nature des processus » plutôt que sur une surveillance intrusive[114]. Les témoignages contribuent ainsi à capter des dynamiques de pouvoir et des tensions qui ne sont pas toujours explicites dans les textes académiques. Par exemple, lorsqu’elles décrivent l’effervescence de l’époque qui permet une prise de parole des sages-femmes au-devant de la scène. De plus, elles soulignent l’aide de certains médecins qui supportent leur cause.

Fortement axés sur les enjeux actuels entourant la médicalisation de la pratique sage-femme, les témoignages soulignent l’importance de retracer l’histoire de la profession, notamment à l’époque où les sages-femmes exerçaient encore dans l’ombre. Comme montré dans le présent article, cette perspective historique permet de mieux comprendre les luttes contemporaines pour l’autonomie des femmes dans leurs choix en matière de maternité. En envisageant les pratiques à la lumière de ces expériences passées, il devient possible de réfléchir à des approches qui visent à « placer la personne au centre du système »[115], tout en tenant compte des dynamiques institutionnelles et des contraintes du milieu médical.

Pour poursuivre cette recherche, il serait pertinent d’élargir le corpus aux différentes régions du Québec ayant accueilli des projets-pilotes de Maisons de naissance, afin de saisir la diversité des contextes géographiques, socio-économiques et démographiques. Une vingtaine d’entrevues semi-dirigées avec des sages-femmes et des expertes provenant de ces régions permettrait d’observer les nuances des pratiques et des expériences. L’étude pourrait s’appuyer sur trois types de sources complémentaires : les archives des hôpitaux et des Maisons de naissance pour comparer les pratiques et les degrés d’intervention, les archives journalistiques pour comprendre la perception publique et médiatique des projets-pilotes, et les documents gouvernementaux pour situer ces données dans le cadre des politiques publiques et de la légalisation de la profession. Ces démarches contribueraient à enrichir la validité de la recherche et ouvriraient des pistes pour mieux comprendre l’évolution de la pratique sage-femme au Québec, ainsi que les dynamiques entre normes institutionnelles, perceptions sociales et expériences individuelles des femmes.

Références

[1] Laurence Monnais, Médecine(s) et Santé : Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2016, p. 99-100.

[2] Denyse Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : La médicalisation de la maternité, 1910-1970, Montréal, les éditions du remue-ménage, 2004, p. 94.

[3] Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : La médicalisation de la maternité, 1910-1970, p. 131.

[4] Thomas, Catherine, Sage-femme, gardienne de l’eutocie. Approche anthropologique du savoir-faire des sages-femmes, Toulouse, Éditions Érès, 2022, p. 161.

[5] Monnais, Médecine(s) et Santé : Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, p. 100. ; Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : La médicalisation de la maternité, 1910-1970, p. 67-80.

[6] Élisabeth Badinter, L’amour en plus : histoire de l’amour maternel – XVIIe-XXe siècle, Paris, Flammarion, 1980, p. 264.

[7] Badinter, L’amour en plus : histoire de l’amour maternel. XVIIe-XXe siècle, p. 295.

[8] Monnais, Médecine(s) et Santé : Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, p. 94-98.

[9] Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : La médicalisation de la maternité, 1910-1970, p. 98-101. ; Monnais, Médecine(s) et Santé : Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, p. 101.

[10] Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : La médicalisation de la maternité, 1910-1970, p. 98.

[11] Yvonne Knibiehler et Catherine Fouquet, La femme et les médecins, Paris, Hachette, 1983, p. 177.

[12] Thomas, Sage-femme, gardienne de l’eutocie. Approche anthropologique du savoir-faire des sages-femmes, p. 161.

[13] Hélène Laforce, Histoire de la sage-femme dans la région de Québec, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1985, p. 205.

[14] William Fraser et Marie Hatem-Asmar, « La sage-femme du Québec : de la renaissance à la reconnaissance »,

Santé, société et solidarité, n° 1, 2004, p. 106.

[15] Hélène Cornellier, « Créer une nouvelle profession… vieille comme le monde, la sage-femme professionnelle de la santé au Québec : en comparaison avec la situation de la sage-femme au Canada et à l’étranger », mémoire de maîtrise (droit de la santé), Université de Sherbrooke, 1993, p. 103-110.

[16] Nathalie Mélanson, « L’évolution de la profession de sage-femme », Reflets : Revue d’intervention sociale et communautaire, vol. 5, n° 2, 1999, p. 248.

[17] Anne-Marie Dessureault, « La médicalisation de l’accouchement : impacts possibles sur la santé mentale et physique des familles », Devenir, vol. 27, n° 1, mai 2015, p. 55.

[18] Andrée Rivard, Histoire de l’accouchement dans un Québec moderne, Montréal, les éditions du remue-ménage, 2014, p. 336-338.

[19] Florence Trigaux, Entrevue avec Madame Lyne Castonguay, organisatrice du projet-pilote de la Maison de naissance en Estrie, 20 novembre 2024, [00:05:10].

[20] Marie-France Morel, dir., Naître à la maison : d’hier à aujourd’hui, Toulouse, Érès, 2016, p. 297.

[21] Mélanson, « L’évolution de la profession de sage-femme », p. 247.

[22] Monnais, Médecine(s) et Santé : Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, p. 102.

[23] Florence Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, sage-femme et professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières, 13 novembre 2024, [00:16:00]

[24] Cornellier, « Créer une nouvelle profession… vieille comme le monde, la sage-femme professionnelle de la santé au Québec : en comparaison avec la situation de la sage-femme au Canada et à l’étranger », p. 110.

[25] Barbara Ehrenreich, des experts et des femmes : 150 ans de conseils prodigués aux femmes, Montréal, les éditions du remue-ménage, 1982, p. 316-317.

[26] Céline Lemay, Émergence d’une pratique sage-femme au Québec : « être là », Paris, Éditions L’Harmattan, 2021, p. 149.

[27] Projets pilotes sages-femmes : rapport final et recommandations Conseil d’évaluation des projets-pilotes. ; Avis de l’Office des professions du Québec sur la création d’un ordre professionnel spécifique aux sages-femmes, Québec, Ministère de la santé et des services sociaux, 1998, 140 p.

[28] Ehrenreich, des experts et des femmes : 150 ans de conseils prodigués aux femmes, 347 p. ; Badinter, L’amour en plus : histoire de l’amour maternel – XVIIe-XXe siècle, 372 p.

[29] Laforce, Histoire de la sage-femme dans la région de Québec, 237 p.

[30] Adrienne Rich, Naître d’une femme : la maternité en tant qu’expérience et institution, Paris, Denoël-Gonthier, 1980, 297 p.

[31] Knibiehler et Fouquet, La femme et les médecins, 329 p.

[32] Ehrenreich, des experts et des femmes : 150 ans de conseils prodigués aux femmes, 347 p.

[33] Rich, Naître d’une femme : la maternité en tant qu’expérience et institution, 297 p.

[34] Badinter, L’amour en plus : histoire de l’amour maternel – XVIIe-XXe siècle, 297 p.

[35] Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : La médicalisation de la maternité, 1910-1970, 350 p.

[36] Lemay, Émergence d’une pratique sage-femme au Québec : « être là », 174 p.

[37] Définition de suivi global : « le suivi (humain et médical) de la mère (et de sa famille) pendant sa grossesse, son accouchement, ses suites de couches, par une sage-femme » tiré dans Thomas, Sage-femme, gardienne de l’eutocie. Approche anthropologique du savoir-faire des sages-femmes, 360 p.

[38] Monnais, Médecine(s) et Santé : Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, 257 p.

[39] Marie-Claude Thifault, L’incontournable caste des femmes : histoire des services de santé au Québec et au Canada, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2012, 372 p.

[40] Marie-Elaine Malo, « Les conditions ayant influencé l’intégration de la profession de sage-femme au sein du système de santé québécois », mémoire de maîtrise (sciences de la santé), Université de Sherbrooke, 2024, 141 p.

[41] Monnais, Médecine(s) et Santé : Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, 257 p.

[42] Dessureault, « La médicalisation de l’accouchement : impacts possibles sur la santé mentale et physique des familles », p. 53-68.

[43] Ronald Guilloux, « L’accouchement physiologique, un espace de contre-pouvoir pour les femmes ? »,

Périnatalité, vol. 13, n° 4, 2021, p. 216‑230.

[44] Rivard, Histoire de l’accouchement dans un Québec moderne, 448 p.

[45] Cette recherche s’inscrit dans le cadre du cours Activité de recherche – Histoire orale, sous la supervision de la professeure Louise Bienvenue. L’ensemble du projet a suivi les lignes directrices établies par le comité d’éthique de la recherche de l’Université de Sherbrooke, notamment en ce qui a trait au consentement libre et éclairé des participantes.

[46] Lyne Castonguay, « Histoires fabuleuses d’une sage-femme authentique : Jeen Kirwen », Sherbrooke, Éditions 13 lunes, 2017, 236 p.

[47] Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : La médicalisation de la maternité, 1910-1970, p. 93.

[48] Florence Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:07:41]

[49] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:05:26]

[50] Thifault, L’incontournable caste des femmes : histoire des services de santé au Québec et au Canada, p. 281.

[51] Rivard, Histoire de l’accouchement dans un Québec moderne, p. 326.

[52] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:03:12]

[53] Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:11:47]

[54] Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:19:03]; Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:20:04]

[55] Lemay, Émergence d’une pratique sage femme au Québec : « être là », p. 29.

[56] Lemay, Émergence d’une pratique sage femme au Québec : « être là », p. 121.

[57] Lemay, Émergence d’une pratique sage femme au Québec : « être là », p. 125.

[58] Thomas, Sage-femme, gardienne de l’eutocie. Approche anthropologique du savoir-faire des sages-femmes, p. 112.

[59] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:32:05]

[60] Florence Trigaux, Entrevue avec Madame Lyne Castonguay, organisatrice du projet-pilote de la Maison de naissance en Estrie, 20 novembre, [01:18:45]

[61] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:26:30]

[62] Trigaux, Entrevue avec Madame Lyne Castonguay, [00:05:10]

[63] Thifault, L’incontournable caste des femmes : histoire des services de santé au Québec et au Canada, p. 271.

[64] Rivard, Histoire de l’accouchement dans un Québec moderne, p. 322.

[65] Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:37:42]

[66] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:07:13]

[67] Fraser et Hatem-Asmar, « La sage-femme du Québec : de la renaissance à la reconnaissance », p. 106.

[68] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:30:45]

[69] Thifault, L’incontournable caste des femmes: histoire des services de santé au Québec et au Canada, p. 272.; Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:16:00]

[70] Fraser et Hatem-Asmar, « La sage-femme du Québec : de la renaissance à la reconnaissance », p. 107.

[71] Trigaux, Entrevue avec Madame Lyne Castonguay, [00:01:20]

[72] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:34:00]

[73] Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:00:39]

[74] Trigaux, Entrevue avec Madame Lyne Castonguay, [01:43:07]

[75] Lemay, Émergence d’une pratique sage femme au Québec : « être là », p. 20.

[76] Monnais, Médecine(s) et Santé: Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, p. 94.

[77] Dessureault, « La médicalisation de l’accouchement : impacts possibles sur la santé mentale et physique des familles », p. 62.

[78] Trigaux, Entrevue avec Madame Lyne Castonguay, [01:14:30]

[79] Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:25:52]

[80] Cornellier, « Créer une nouvelle profession… vieille comme le monde, la sage-femme professionnelle de la santé au Québec : en comparaison avec la situation de la sage-femme au Canada et à l’étranger », p. 127.

[81] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:08:42]

[82] Malo, « Les conditions ayant influencé l’intégration de la profession de sage-femme au sein du système de santé québécois », p. 45.

[83] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:57:40]; Projets pilotes sages-femmes : rapport final et recommandations Conseil d’évaluation des projets-pilotes, p. 27-29.

[84] Trigaux, Entrevue avec Madame Lyne Castonguay, [01:25:20]

[85] Trigaux, Entrevue avec Madame Lyne Castonguay, [00:01:00]

[86] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:49:25]

[87] Fraser et Hatem-Asmar, « La sage-femme du Québec : de la renaissance à la reconnaissance », p. 109.

[88] Projets pilotes sages-femmes : rapport final et recommandations Conseil d’évaluation des projets-pilotes, p. 26-29.

[89] Dessureault, « La médicalisation de l’accouchement : impacts possibles sur la santé mentale et physique des familles », p. 66.

[90] Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:41:16]

[91] Ehrenreich, des experts et des femmes : 150 ans de conseils prodigués aux femmes, p. 317.

[92] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:18:27]

[93] Thifault, L’incontournable caste des femmes : histoire des services de santé au Québec et au Canada, p. 275-276.

[94] Guilloux, « L’accouchement physiologique, un espace de contre-pouvoir pour les femmes ? », p. 222.

[95] Lemay, Émergence d’une pratique sage femme au Québec : « être là », p. 26.

[96] Lemay, Émergence d’une pratique sage femme au Québec : « être là », p. 17.

[97] Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : La médicalisation de la maternité, 1910-1970, p. 93.

[98] Lemay, Émergence d’une pratique sage femme au Québec : « être là », p. 69.

[99] Ehrenreich, des experts et des femmes : 150 ans de conseils prodigués aux femmes, p. 317.

[100] Monnais, Médecine(s) et Santé: Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, p. 98.

[101] Guilloux, « L’accouchement physiologique, un espace de contre-pouvoir pour les femmes ? », p. 216.

[102] Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [01:07:01]

[103] Rivard, Histoire de l’accouchement dans un Québec moderne, p. 321.

[104] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:01:47]

[105] Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:29:42]

[106] Monnais, Médecine(s) et Santé : Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, p. 91-93.

[107] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:01:47]

[108] Dessureault, « La médicalisation de l’accouchement : impacts possibles sur la santé mentale et physique des familles », p. 57.

[109] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [01:11:19]

[110] Cornellier, « Créer une nouvelle profession… vieille comme le monde, la sage-femme professionnelle de la santé au Québec : en comparaison avec la situation de la sage-femme au Canada et à l’étranger », p. 137.

[111] Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : La médicalisation de la maternité, 1910-1970, p. 93.

[112] Trigaux, Entrevue avec Madame Jeen Kirwen, [00:06:53]

[113] Monnais, Médecine(s) et Santé : Une Petite Histoire Globale – 19e et 20e Siècles, p. 91.

[114] Trigaux, Entrevue avec Docteure Céline Lemay, [00:01:47]

[115] Cornellier, « Créer une nouvelle profession… vieille comme le monde, la sage-femme professionnelle de la santé au Québec : en comparaison avec la situation de la sage-femme au Canada et à l’étranger », p. 144